Israël mise plus que jamais sur les pèlerinages chrétiens et les voyages religieux pour redynamiser son industrie touristique, sévèrement affectée par près de deux ans de conflit dans la bande de Gaza. L’objectif est de rétablir un flux constant de visiteurs vers Jérusalem et les lieux saints majeurs.
Cette orientation stratégique a été annoncée début février au salon International Mediterranean Tourism Market (IMTM) de Tel-Aviv, présenté comme le point de départ d’une refonte du secteur. Le ministère israélien du Tourisme cible spécifiquement les pèlerins chrétiens, les voyageurs évangéliques et les juifs de la diaspora pour reconstituer progressivement les arrivées internationales, le tourisme de loisirs classique restant freiné par les incertitudes sécuritaires.
« L’incertitude et les avertissements aux voyageurs ont affecté l’activité touristique, mais avec l’amélioration de la disponibilité des liaisons aériennes en 2026, il y a des raisons d’être optimiste et de penser que les germes de la reprise sont déjà là », a déclaré le ministre israélien du Tourisme, Haim Katz. « Notre objectif n’est pas seulement de revenir aux niveaux antérieurs, mais de nous améliorer et de battre des records », a-t-il insisté.
Campagnes ciblées et outils numériques innovants
Pour concrétiser cette stratégie, le ministère du Tourisme a alloué plus de 20 millions de shekels (environ 6,5 millions de dollars) à une vaste campagne numérique mondiale. Le slogan « I Am Israel » a été conçu pour toucher directement les publics « religieux », évangéliques et les communautés juives d’Amérique du Nord. Parallèlement, l’Office national du tourisme israélien (ONIT) mène des actions promotionnelles dans d’autres marchés, notamment en Amérique du Sud et dans les pays à forte population catholique pratiquante.
La destination mise également sur les technologies immersives pour faciliter la décision de voyage. Au salon IMTM 2026, le ministère a lancé HolyLandTravel.ai, une application gratuite de planification de voyages conçue pour les visiteurs religieux. Elle propose des itinéraires personnalisés et des contenus guidés par intelligence artificielle, superposés à des cartes interactives. L’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, lui-même pasteur évangélique, a salué cet outil comme « l’un des plus pratiques » pour préparer un séjour en Terre Sainte, soulignant une « demande latente considérable » parmi les 80 millions d’évangéliques américains.
Investissements dans Jérusalem et les sites saints
Au-delà du marketing numérique, Israël renforce ses infrastructures pour améliorer l’expérience de pèlerinage, particulièrement à Jérusalem et dans le nord du pays. Fin 2025, le ministère du Tourisme a approuvé plus de 180 millions de shekels de subventions pour la construction de 2 050 nouvelles chambres d’hôtels. S’y ajoutent 174 millions de shekels destinés à des projets d’infrastructures touristiques locaux en 2026. Les efforts se concentrent sur des lieux emblématiques pour les chrétiens, tels que le quartier chrétien de la Vieille Ville de Jérusalem, les abords du Saint-Sépulcre, les sites de Galilée (Capharnaüm, Nazareth) et le site baptismal du Jourdain, Yardenit, où des améliorations sont prévues pour l’accueil des groupes.
Pour renforcer l’attrait spirituel de Jérusalem, les autorités touristiques misent aussi sur l’ouverture du Chemin de pèlerinage, un nouvel axe de visite au cœur de la Cité de David. Inauguré le 15 septembre 2025, ce parcours archéologique permet, pour la première fois depuis 2 000 ans, de remonter à pied l’ancienne artère reliant la piscine de Siloé au Mont du Temple, en suivant les dalles d’époque du Second Temple. Cette voie met en scène la vie quotidienne de Jérusalem grâce à des vestiges de marchés, monnaies et objets commerciaux, ainsi qu’à un réseau de canalisations souterraines ayant servi de refuge lors de la Grande Révolte. Conçu comme une expérience immersive, le Chemin de pèlerinage est destiné à devenir un passage obligé des circuits chrétiens et juifs.
Le gouvernement israélien prépare également un plan de développement touristique d’environ 86 millions de shekels pour la région de Judée-Samarie, riche en sites patrimoniaux et religieux mais encore peu dotée en infrastructures hôtelières. Selon le ministère du Tourisme, ces investissements visent à « combler les écarts d’infrastructures » dans une zone qui ne représente que moins de 2% de la capacité hôtelière nationale.
Le poids croissant du tourisme religieux
Avant les événements d’octobre 2023, Israël visait un record de 5,5 millions de visiteurs pour 2023. La réalité fut plus contrastée, avec environ 3 millions de visiteurs en 2023, moins d’un million en 2024, puis 1,3 million en 2025.
Les données récentes indiquent une recomposition du profil des voyageurs. En 2025, la part des pèlerins a atteint 9% des 1,3 million de visiteurs, contre 5% l’année précédente. La proportion de touristes juifs a reculé de 66% à 51%. Le ministère du Tourisme parle d’un « tournant » pour 2025, année jubilaire catholique, où les pèlerinages vers les lieux saints ont servi de moteur à une première remontée des arrivées internationales.
Historiquement, 50 à 60% des touristes en Israël se déclarent chrétiens. En 2018, sur 4 millions de visiteurs, 61% étaient chrétiens, générant environ 5,8 milliards de dollars de recettes. Près de 40% de ces visiteurs revenaient au moins une fois.
Les autorités misent enfin sur l’effet de témoignage des pèlerins de retour. L’ambassadeur américain Mike Huckabee se dit « complètement en sécurité en Israël », convaincu qu’« une fois que l’on a marché sur cette terre, on lit la Bible différemment pour le reste de sa vie ». La question reste de savoir si cette confiance suffira à rassurer suffisamment de voyageurs pour que Jérusalem et la Terre Sainte retrouvent leur fréquentation d’avant-guerre.



