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Biman Bangladesh Airlines prépare une flotte 100% Boeing : pourquoi ce pari risque de coûter cher à l'avenir des voyageurs

Emeline Dudoura·

La compagnie Biman Bangladesh Airlines multiplie les commandes auprès de Boeing et vient d’annoncer un projet d’acquisition de dix appareils Airbus, mais son choix de rester fidèle à un seul constructeur pourrait bien se retourner contre les passagers. Entre les retards de livraison, les surcoûts logistiques et la dépendance technologique, ce modèle risque de peser lourdement sur les billets et la qualité du service. Voici pourquoi.

Le gouvernement bangladais a confirmé fin septembre que Biman pourrait signer un accord pour quatre Airbus A350-900 et six A321neo dès octobre 2026. Une décision présentée comme une diversification, mais qui s’inscrit pourtant dans une stratégie globale de dépendance à Boeing. Car entre-temps, la compagnie a porté à 25 le nombre d’appareils commandés auprès du constructeur américain, dont cinq 787 MAX 10 et six 737 MAX 8 supplémentaires annoncés fin septembre, portant les engagements totaux à 35 avions. Au total, avec les Airbus, ce seront donc 45 appareils que Biman devra intégrer à sa flotte d’ici 2037.

Ce choix d’une flotte 100% Boeing et Airbus s’accompagne de défis majeurs. Les premières livraisons d’Airbus ne sont pas attendues avant 2033, et les Boeing ne seront pas disponibles avant 2031 au mieux. Dans l’intervalle, Biman devra louer des appareils pour répondre à la demande croissante, notamment vers l’Europe et l’Amérique du Nord. Une solution coûteuse qui pourrait se répercuter sur les tarifs des billets. Les compagnies aériennes qui dépendent d’une seule famille d’avions subissent souvent des pressions sur leurs marges, car elles ne peuvent pas jouer sur la concurrence entre constructeurs pour négocier des prix plus avantageux.

La gestion d’une flotte mixte pose aussi des défis opérationnels. Biman exploitera des 777-300ER, des 787-8 et 9, des 737-800, des Dash 8-400, des A350-900 et des A321neo. Chaque nouvelle famille d’appareils implique des coûts de formation des équipages, de maintenance et de gestion des pièces détachées. Les retards de livraison, eux, risquent de perturber l’expansion prévue vers de nouvelles destinations. Les voyageurs bangladais et ceux en transit pourraient donc subir des perturbations, des annulations de vols et des tarifs moins compétitifs.

Airbus et Boeing proposent des avions aux caractéristiques très différentes. Les A350-900 sont des long-courriers optimisés pour le confort des passagers sur les liaisons intercontinentales, tandis que les A321neo sont des monocouloirs adaptés aux dessertes régionales. Les Boeing, quant à eux, sont souvent préférés pour leur fiabilité sur les vols long-courriers. Mais cette diversité apparente cache une réalité moins reluisante : une complexité accrue pour les équipes techniques. Biman devra former ses mécaniciens à deux systèmes de maintenance distincts, ce qui implique des coûts supplémentaires et des risques d’erreurs.

Le ministre bangladais de l’Aviation civile et du Tourisme, Rashiduzzaman Millat, a évoqué un accompagnement d’Airbus en matière de maintenance, réparation et formation. Pourtant, l’intégration de deux familles d’appareils dans une flotte historiquement 100% Boeing représente un casse-tête logistique. Les livraisons échelonnées sur plusieurs années, combinées à des retards possibles, pourraient retarder l’amélioration de la qualité de service promise par Biman. Les passagers pourraient donc attendre longtemps avant de bénéficier d’un réseau plus étendu et de tarifs plus attractifs.

Une stratégie à haut risque pour les voyageurs bangladais

Biman Bangladesh Airlines justifie sa stratégie par la nécessité de répondre à une demande croissante en destinations internationales. Pourtant, les voyageurs bangladais et ceux en transit via Dacca pourraient payer le prix fort. Les retards de livraison des nouveaux appareils signifient que la compagnie devra continuer à exploiter des avions vieillissants, comme ses actuels 777-300ER, qui affichent déjà des coûts d’exploitation élevés. Les billets risquent donc de rester onéreux, voire de voir leur prix augmenter pour compenser les surcoûts.

Les premiers Airbus ne sont pas attendus avant 2033, et les Boeing après 2031. Entre-temps, Biman devra louer des avions, une solution temporaire qui ne résout pas le problème de fond. La location d’appareils est souvent plus chère que l’achat à long terme, et elle expose la compagnie aux fluctuations des prix du marché. Les voyageurs pourraient donc subir des hausses de tarifs, notamment sur les lignes long-courriers où la demande est forte.

Un autre risque réside dans la maintenance. Avec une flotte divisée entre Boeing et Airbus, Biman devra gérer deux systèmes de pièces détachées et deux philosophies de maintenance. Les coûts pourraient exploser, et la qualité du service s’en ressentir. Les retards dans les livraisons des nouveaux appareils pourraient aussi entraîner des annulations de vols ou des perturbations, affectant directement l’expérience des passagers.

Enfin, cette stratégie de dépendance à deux constructeurs seulement pourrait limiter la flexibilité de Biman. En cas de problème technique sur une famille d’appareils, la compagnie n’aura pas la possibilité de basculer rapidement vers une autre solution. Les voyageurs pourraient donc se retrouver face à des annulations de dernière minute ou à des vols reportés, avec des conséquences sur leurs projets de voyage.

Les alternatives ignorées : pourquoi Biman ne mise pas sur d’autres constructeurs ?

Alors que des constructeurs comme Embraer ou ATR proposent des avions adaptés aux besoins des compagnies régionales et low-cost, Biman semble ignorer ces options. Les A321neo et les Boeing 737 MAX sont des appareils coûteux, conçus pour des dessertes à fort trafic. Pourtant, pour une compagnie comme Biman, une approche plus modulaire, combinant des monocouloirs et des turbopropulseurs, pourrait être plus adaptée aux réalités du marché bangladais.

Embraer, par exemple, propose des E-Jets E2 qui pourraient compléter la flotte de Biman sans alourdir les coûts de maintenance. ATR, de son côté, offre des turbopropulseurs adaptés aux dessertes régionales, souvent plus économiques à exploiter. En misant uniquement sur Boeing et Airbus, Biman se prive d’une flexibilité qui pourrait pourtant lui permettre de mieux répondre aux besoins des voyageurs.

Cette rigidité pourrait aussi freiner l’innovation. Les nouveaux avions de Boeing et Airbus intègrent des technologies avancées, mais leur adoption impose des investissements lourds en formation et en infrastructure. Biman devra former ses pilotes, ses mécaniciens et ses équipes commerciales à ces nouvelles technologies, ce qui représente un coût supplémentaire et un risque d’erreurs pendant la phase de transition.

Le choix de Biman de rester fidèle à Boeing et Airbus pourrait donc se retourner contre les voyageurs bangladais. Les retards de livraison, les surcoûts logistiques et la complexité de gestion d’une flotte mixte risquent de peser sur les tarifs et la qualité du service. Dans un marché aérien déjà concurrentiel, cette stratégie pourrait affaiblir la position de Biman face à des concurrents comme Qatar Airways ou Emirates, qui misent sur des flottes plus homogènes et des coûts maîtrisés.

Que réserve l’avenir aux passagers de Biman Bangladesh Airlines ?

Jusqu’en 2033, les voyageurs bangladais et ceux en transit via Dacca devront composer avec une flotte vieillissante et des tarifs élevés. Les nouveaux appareils, qu’ils soient Boeing ou Airbus, ne seront pas livrés avant plusieurs années. Entre-temps, Biman devra gérer des retards, des surcoûts et des perturbations possibles. Les passagers pourraient donc voir leurs projets de voyage bouleversés, avec des annulations ou des changements de dernière minute.

Cependant, une fois les nouveaux avions intégrés, Biman pourrait bénéficier d’une flotte plus moderne et plus confortable. Les A350-900 et les Boeing 787 MAX offrent des cabines plus spacieuses, une meilleure pressurisation et une consommation de carburant réduite, ce qui pourrait permettre à la compagnie de réduire progressivement ses tarifs. Mais cette amélioration ne sera visible qu’à moyen terme.

En attendant, les voyageurs devront surveiller de près les annonces de Biman. Les retards de livraison ou les problèmes techniques pourraient entraîner des changements de programme. Il est conseillé de réserver ses billets à l’avance et de souscrire à une assurance voyage pour couvrir les éventuels imprévus. Biman a encore du chemin à parcourir avant de pouvoir offrir une expérience comparable à celle de ses concurrents régionaux.

La diversification annoncée par Biman avec l’arrivée des Airbus est donc un leurre. En réalité, la compagnie s’enfonce dans une dépendance coûteuse à deux constructeurs seulement, avec des risques majeurs pour les voyageurs. Le pari est risqué, et les passagers bangladais pourraient bien en payer le prix fort.

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