La compagnie Air France alerte les autorités européennes sur les conséquences potentiellement désastreuses du règlement RefuelEU Aviation. Ce dernier impose une part croissante de carburants d’aviation durables (SAF) dans les réservoirs des avions au départ de l’Union européenne. Le coût élevé de ces carburants alternatifs, environ trois fois supérieur au kérosène classique, pourrait rendre certaines lignes long-courriers non rentables, notamment vers l’Asie.
Benjamin Smith, directeur général d’Air France-KLM, a exprimé ses préoccupations, soulignant que le groupe pourrait être amené à réduire son réseau asiatique jusqu’à 45% d’ici 2030 si aucune mesure corrective n’est prise. Des liaisons stratégiques comme Paris-Pékin ou Amsterdam-Shanghai sont directement menacées. Cette situation risque de dévier les passagers vers des hubs hors UE, tels que Doha, Dubaï ou Istanbul, où les compagnies locales ne sont pas soumises aux mêmes obligations de SAF sur la partie de leur trajet hors de l’Europe.
Un appel à un mécanisme de compensation pour le SAF
La compagnie franco-néerlandaise demande à Bruxelles l’instauration d’un mécanisme de compensation pour les carburants durables. L’idée, soutenue par le lobby Airlines for Europe (A4E), serait de créer un dispositif similaire au mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF). Ce système imposerait aux compagnies non européennes de contribuer au coût du SAF lorsqu’elles vendent des billets au départ de l’UE. La contribution serait basée sur la destination finale du passager, incluant ainsi les vols effectués via des hubs situés en dehors de l’Union européenne.
« Nous ne demandons pas de protections ou de subventions, mais simplement que les mêmes règles s’appliquent à tous », a insisté Benjamin Smith. L’objectif est d’atteindre une « neutralité compétitive sur le SAF ».
Risque de perte de compétitivité pour l’aérien européen
Les compagnies aériennes européennes craignent une double peine : non seulement une perte de parts de marché au profit des concurrentes du Golfe et de Turquie, mais aussi une inefficacité climatique accrue. En effet, si les passagers sont contraints d’emprunter des itinéraires plus longs via des hubs intermédiaires, cela peut générer davantage d’émissions globales, alors même que les compagnies européennes supportent les coûts de la transition énergétique.
Des études sectorielles prévoient une baisse de la part de l’Europe dans le trafic mondial, passant de 26% à moins de 20% d’ici vingt ans.
Les compagnies européennes alertent sur le fait que l’accumulation de taxes, redevances et obligations environnementales, sans mécanismes correcteurs, menace « la compétitivité et la souveraineté aérienne » du continent. Les fédérations françaises (FNAM) et allemandes (BDL) de l’aviation avaient déjà, en 2025, dénoncé des « distorsions de concurrence » causées par les règles européennes sur les carburants durables, jugeant les transporteurs long-courriers européens plus pénalisés que leurs rivaux turcs ou du Golfe.
Le débat entre climat et compétitivité
La Commission européenne défend le règlement RefuelEU Aviation comme un levier essentiel pour la décarbonation du secteur aérien, en créant un signal de demande minimum pour stimuler la production de SAF. Cependant, le débat reste vif entre ceux qui prônent un durcissement rapide de la politique climatique et ceux qui redoutent de voir l’aérien européen perdre des lignes, des emplois et de l’influence au profit de hubs concurrents mieux lotis sur le plan réglementaire. Air France-KLM et A4E continuent de plaider pour un mécanisme de correction, estimant qu’il est crucial pour concilier transition énergétique et maintien de la compétitivité de l’Europe sur la scène aérienne mondiale.



