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Ryanair double son trafic dans les pays baltes si les coûts aéroportuaires baissent

Marc Leonelli·

La low cost irlandaise Ryanair frappe fort en proposant un plan d’investissement massif dans les pays baltes à condition que les gouvernements estonien, letton et lituanien acceptent de réduire drastiquement les redevances aéroportuaires et d’abolir les taxes sur l’aviation. Avec un projet chiffré à 1,6 milliard de dollars sur cinq ans, la compagnie vise à doubler son trafic en Estonie, Lettonie et Lituanie, tout en créant des milliers d’emplois dans la région.

Ce coup d’éclat survient alors que airBaltic, transporteur historique de la région, traverse une période de turbulence avec une procédure de protection contre ses créanciers et une réduction prévue de sa flotte. Ryanair entend profiter de cette situation pour s’imposer comme une alternative crédible et dynamiser une partie du secteur aérien balte en déclin.

Un investissement conditionnel de 1,6 milliard de dollars

Le projet de Ryanair repose sur une condition sine qua non : la baisse des redevances aéroportuaires et la suppression des taxes sur l’aviation. Selon la compagnie, ces mesures permettraient de déployer 16 avions basés dans les trois pays baltes d’ici 2031, contre sept actuellement. La low cost irlandaise promet également de proposer 11 millions de sièges annuels et de générer « des milliers d’emplois » directs ou indirects.

Cependant, ce plan reste une offre conditionnelle. Il dépendra des décisions tarifaires et fiscales des autorités baltes. Ryanair a d’ailleurs déjà utilisé cette stratégie dans d’autres pays, comme la Belgique, où elle a retiré cinq avions de Charleroi après une hausse de la taxe d’embarquement.

L’argument choc : doubler le trafic face à airBaltic

Ryanair justifie son offre en invoquant les difficultés financières d’airBaltic, dont l’État letton est le principal actionnaire. La compagnie lettone a engagé une procédure de protection contre ses créanciers aux États-Unis et prévoit de réduire sa flotte de 54 à 36 appareils. « Notre proposition de croissance est encore plus importante après l’annonce d’airBaltic de réduire sa flotte d’un tiers », a déclaré Ryanair, qualifiant même sa concurrente de « compagnie zombie » subventionnée par des fonds publics.

En Lettonie, Ryanair a déjà commencé à développer sa capacité à Riga, où l’aéroport a mis en place un mécanisme tarifaire incitatif pour les compagnies qui étendent leur offre. Résultat : la low cost irlandaise a enregistré une hausse de 6 % de sa capacité hivernale 2026 à Riga, avec 40 000 sièges supplémentaires et deux avions basés. En revanche, elle a réduit de 25 % sa capacité en Estonie et Lituanie, supprimant 550 000 sièges pour les redéployer vers des marchés jugés plus compétitifs.

Des coûts aéroportuaires jugés exorbitants

Ryanair dénonce l’évolution des redevances à Tallinn et à Vilnius, qu’elle qualifie d’excessives. Selon la compagnie, celles d’aéroport de Tallinn ont progressé de 70 % en 2025, tandis que celles de Vilnius ont augmenté de plus de 30 % depuis 2023. Ces hausses, combinées à la pression fiscale, rendent le marché balte moins attractif pour les compagnies aériennes.

La low cost irlandaise insiste sur le fait que sa proposition ne se limite pas à des promesses. Elle met en avant son expérience en matière de négociation avec les aéroports et les pouvoirs publics pour obtenir des baisses de taxes ou des dispositifs d’aide à la croissance. « Nous avons déjà démontré notre capacité à déplacer nos avions vers des marchés plus compétitifs lorsque les coûts augmentent », rappelle-t-elle.

Un marché en mutation

Les pays baltes représentent un enjeu stratégique pour Ryanair, qui cherche à étendre son influence en Europe du Nord. La Lettonie, avec son aéroport de Riga, reste jusqu’ici le seul pays balte à bénéficier d’une croissance de la compagnie irlandaise. En revanche, l’Estonie et la Lituanie voient leurs parts de marché se réduire face à des coûts jugés trop élevés.

Le marché balte est aujourd’hui dominé par airBaltic, qui dessert 100 destinations avec une flotte de 54 appareils. Cependant, la compagnie lettone peine à se remettre des conséquences de la pandémie et des tensions géopolitiques, ce qui offre une opportunité à Ryanair pour s’implanter durablement.

Si les gouvernements baltes acceptent les conditions de Ryanair, la compagnie pourrait non seulement doubler son trafic, mais aussi devenir un acteur incontournable dans la région. Une évolution qui pourrait redessiner la carte du transport aérien dans les pays baltes et offrir aux voyageurs des options plus nombreuses et des tarifs plus attractifs.

Reste à savoir si les autorités estoniennes, lettones et lituaniennes saisiront cette opportunité pour relancer leur secteur aérien ou si elles préféreront maintenir un modèle plus régulé et coûteux.

Ce que cela change pour les voyageurs

Si Ryanair parvient à s’implanter massivement dans les pays baltes, les voyageurs pourraient bénéficier de plusieurs avantages. D’abord, une augmentation significative des fréquences de vols, avec des tarifs compétitifs grâce à la low cost. Ensuite, un choix élargi de destinations, notamment vers l’Europe de l’Ouest et du Sud, où Ryanair est déjà bien implantée.

Cependant, les passagers doivent garder à l’esprit que ce scénario dépendra des décisions politiques des gouvernements baltes. En attendant, la compagnie irlandaise a déjà commencé à ajuster ses capacités, avec une réduction de 25 % de ses vols en Estonie et en Lituanie, au profit d’autres marchés plus rentables.

Pour les voyageurs résidant en Lettonie, la situation est déjà plus favorable. Avec une hausse de 6 % de sa capacité à Riga et des tarifs attractifs, Ryanair pourrait devenir une alternative intéressante à airBaltic, surtout pour les déplacements vers l’Europe de l’Ouest.

En Estonie et en Lituanie, les voyageurs devront patienter et surveiller les décisions des autorités locales. Si les redevances aéroportuaires baissent et que les taxes sur l’aviation sont supprimées, Ryanair pourrait rapidement étendre son réseau et offrir de nouvelles options de voyage.

Un pari risqué pour les aéroports baltes

Les aéroports de Tallinn et de Vilnius pourraient perdre des parts de marché si Ryanair réduit sa présence en raison des coûts élevés. À l’inverse, l’aéroport de Riga, qui a déjà mis en place un mécanisme tarifaire incitatif, pourrait attirer davantage de compagnies et renforcer sa position de hub régional.

Cette situation rappelle les stratégies de négociation agressives de Ryanair, qui n’hésite pas à menacer de réduire ses capacités ou de quitter un marché si les conditions ne lui conviennent pas. Une approche qui a déjà fait ses preuves en Europe, mais qui pourrait aussi fragiliser les aéroports les moins compétitifs.

En conclusion, le pari de Ryanair dans les pays baltes pourrait redessiner le paysage aérien de la région. Si les gouvernements acceptent de baisser les coûts, les voyageurs pourraient en profiter pour explorer de nouvelles destinations à des tarifs avantageux. Sinon, les passagers devront se contenter d’un choix plus limité et de tarifs plus élevés.

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