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Eurowings renforce Berlin et vise la première place à BER

El-Adjim Baddani·

Eurowings accélère à Berlin-Brandenburg avec un objectif clair : prendre la première place à l’aéroport BER. La compagnie du groupe Lufthansa va porter à onze le nombre d’appareils basés dans la capitale allemande cet hiver, avec plus de 300 personnels navigants et au sol affectés à la plateforme. Le mouvement confirme un basculement déjà visible depuis plusieurs saisons, sur un marché berlinois où la concurrence se recompose rapidement.

Le choix de Berlin n’a rien d’anodin. Sur un aéroport encore en phase de consolidation commerciale, Eurowings mise sur une combinaison classique mais efficace : davantage d’avions stationnés, plus de fréquences et de nouvelles lignes pour capter le trafic point-à-point. Dans le même temps, Ryanair réduit fortement sa présence, ce qui libère des créneaux et laisse davantage d’espace aux compagnies capables d’installer une base durable. Selon Eurowings, cette fenêtre de marché doit lui permettre de s’imposer comme premier transporteur à BER.

La stratégie se lit aussi dans la composition du réseau. Depuis la pandémie, la compagnie est passée de trois avions basés à Berlin à onze aujourd’hui. Elle dessert désormais près de 50 destinations depuis la capitale allemande, avec une offre qui vise autant les voyages d’affaires que les courts séjours et les déplacements vers les destinations de loisirs. C’est un levier important dans un pays où la demande reste sensible aux prix et aux horaires proposés.

Une nouvelle liaison Berlin–Bologne

Parmi les annonces les plus concrètes, Eurowings ouvre une liaison directe entre Berlin et Bologne. La route sera proposée pour la première fois par la compagnie entre la capitale allemande et la ville italienne, avec des tarifs d’appel annoncés à partir de 49,99 euros en classe Basic. Le positionnement est clair : capter à la fois les voyageurs loisirs attirés par un court séjour en Italie et une clientèle affaires liée à l’écosystème industriel de l’Émilie-Romagne.

Pour BER, cette ouverture renforce l’offre vers le nord de l’Italie, un marché déjà animé par plusieurs acteurs. Pour Eurowings, Bologne s’inscrit dans une carte plus large tournée vers l’Europe du Sud, où la compagnie aligne depuis Berlin des routes vers l’Espagne, le Portugal, la Grèce et l’Italie. Cette logique de maillage permet d’augmenter le volume de sièges disponibles tout en répartissant les risques sur plusieurs marchés.

La ligne Berlin–Bologne répond aussi à une réalité simple : la demande existe sur les destinations capables d’offrir un mélange de tourisme, de mobilité étudiante et de déplacements professionnels. Eurowings cherche ainsi à occuper un segment de marché où le prix compte autant que la fréquence, avec une offre lisible et facile à vendre en direct.

Les Canaries restent un pilier du programme hiver

Autre axe de développement, les Canaries prennent davantage de place dans le programme d’hiver d’Eurowings au départ de Berlin. Fuerteventura, Grande Canarie, Lanzarote et Tenerife verront leurs fréquences augmenter. La compagnie commercialise ces vols depuis le 21 mai, signe que l’anticipation des ventes reste un élément central dans sa stratégie.

Ces renforts ne relèvent pas de la simple opportunité commerciale. Les îles Canaries constituent depuis longtemps un débouché solide pour les compagnies européennes en saison froide, notamment sur les marchés allemand et d’Europe centrale. Les flux sont réguliers, la demande est bien identifiée et les périodes de pointe se concentrent sur les vacances scolaires et les semaines les plus chargées de l’hiver. Pour les passagers, l’intérêt est immédiat : plus de choix de jours de départ et davantage de souplesse sur les horaires.

Eurowings revendique d’ailleurs son statut de « plus grande compagnie loisirs d’Allemagne ». Cette formule résume bien son modèle : une base allemande solide, un réseau centré sur les destinations soleil et un positionnement tarifaire qui reste compétitif face aux majors comme face aux autres low-cost. À Berlin, cette orientation devient un outil de conquête plus qu’un simple axe commercial.

Le groupe Lufthansa consolide son ancrage à Berlin

Eurowings n’agit pas seule. À BER, le groupe Lufthansa est aussi présent via Lufthansa, Swiss International Air Lines, Austrian Airlines, Brussels Airlines et SunExpress. Ensemble, ces compagnies représentent autour de 30 % des vols opérés sur l’aéroport de la capitale. Le groupe dispose donc déjà d’un socle puissant, qu’Eurowings vient renforcer sur le segment point-à-point et low-cost.

Cette architecture est importante pour comprendre l’offensive actuelle. Lufthansa occupe les grands équilibres du réseau, tandis qu’Eurowings prend en charge une partie du trafic plus sensible au prix, plus saisonnier et plus direct. Le pari consiste à couvrir plusieurs profils de voyageurs sans disperser les moyens. Dans ce schéma, Berlin sert de base d’expansion autant que de vitrine opérationnelle.

Les chiffres publiés en 2024 allaient déjà dans ce sens : le groupe Lufthansa avait terminé l’année comme premier opérateur à BER, avec près d’un tiers des mouvements, loin devant son principal concurrent autour de 17 %. L’augmentation de capacité annoncée par Eurowings doit maintenant permettre de consolider cet avantage au moment où certaines low-cost réduisent la voilure.

Ryanair se retire, Eurowings prend l’espace laissé libre

Le calendrier de l’annonce n’est pas neutre. Ryanair a décidé de réduire fortement, voire de supprimer, la présence de ses avions basés à Berlin. La compagnie irlandaise invoque les coûts et les redevances élevés à BER, préférant concentrer ses moyens sur d’autres marchés européens. Ce retrait crée mécaniquement un vide qu’Eurowings cherche à combler.

La compagnie allemande parle d’une opportunité de marché et ajuste son programme en conséquence. Avec deux avions supplémentaires, de nouvelles lignes et des fréquences renforcées, elle peut reprendre des créneaux horaires et ouvrir des routes là où la demande reste suffisante. Le message adressé au marché est simple : Berlin reste un axe prioritaire, mais il faut pouvoir y opérer dans un cadre de coûts jugé supportable.

Le directeur général d’Eurowings, Max Kownatzki, décrit Berlin comme un marché de croissance stratégique. Il souligne en parallèle l’effet négatif de la hausse des taxes, des redevances aéroportuaires et des coûts carburant, auxquels s’ajoutent des contraintes réglementaires plus lourdes en Europe. Le propos dépasse le cas berlinois. Il s’inscrit dans un débat plus large sur la compétitivité du transport aérien en Allemagne, où la fiscalité reste un sujet central pour les compagnies.

Pour Eurowings, cette pression sur les coûts n’annule pas l’intérêt du marché, mais elle impose une exécution plus rigoureuse. La compagnie joue donc une carte très concrète : occuper le terrain, prendre les créneaux disponibles et verrouiller les routes rentables avant que d’autres opérateurs ne reviennent. À BER, la bataille se joue désormais sur la capacité à être présent, visible et régulier.

Ce mouvement peut aussi modifier l’expérience des passagers au départ de Berlin. Plus de sièges, plus de rotations et davantage d’options sur des lignes européennes directes donnent une marge de choix plus large aux voyageurs. Dans un environnement où les compagnies adaptent rapidement leur offre, la base berlinoise d’Eurowings devient un indicateur utile de l’état du marché allemand et de ses tensions de compétitivité.

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