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Air France-KLM et Lufthansa s'affrontent pour reprendre TAP Air Portugal : qui sauvera le géant lusitanien ?

El-Adjim Baddani·

Le Portugal a choisi de jouer la montre. Alors que le calendrier initial prévoyait une décision sur la privatisation partielle de TAP Air Portugal à l'automne 2026, Lisbonne a repoussé l'échéance au 31 décembre, offrant ainsi une ultime fenêtre de négociation aux deux prétendants encore en lice : Air France-KLM et Lufthansa Group. Derrière cette bataille industrielle se cache bien plus qu'un simple transfert d'actions : il s'agit de dessiner l'avenir du hub de Lisbonne, de redéfinir les liaisons stratégiques vers le Brésil, l'Afrique lusophone et l'Amérique du Nord, et de déterminer qui, entre les deux géants européens, jouera un rôle clé dans la consolidation du transport aérien sur le continent.

Les offres des deux groupes, déposées fin juillet, ont été jugées trop proches par les autorités portugaises pour permettre un choix immédiat. La holding publique Parpública, chargée de l'évaluation, a souligné que les propositions différaient dans leur contenu, mais présentaient une similarité globale qui justifiait une phase supplémentaire de discussions. L'objectif affiché est clair : obtenir des engagements renforcés, tant sur le plan financier qu'opérationnel, afin de garantir que TAP devienne une compagnie rentable, stable et alignée sur les ambitions stratégiques du Portugal.

La vente ne concernera qu'une participation minoritaire : jusqu'à 49,9% du capital, dont 44,9% pourraient être cédés à l'investisseur industriel retenu. L'État portugais conservera au minimum 50,1% des actions, une précaution politique visant à préserver les leviers essentiels de souveraineté aérienne du pays. Cette structure permettra de concilier ouverture au capital privé et maintien d'un contrôle public sur les décisions stratégiques, un équilibre délicat dans un secteur où les enjeux économiques et géopolitiques se mêlent étroitement.

TAP, un joyau stratégique pour l'Europe et le Portugal

TAP Air Portugal n'est pas une compagnie aérienne comme les autres. Son hub de Lisbonne, l'un des plus dynamiques d'Europe, sert de porte d'entrée vers trois continents : l'Amérique latine via le Brésil, l'Afrique lusophone, et l'Amérique du Nord. Avec une flotte moderne et un réseau qui combine vols long-courriers et moyens-courriers, TAP est un acteur clé pour le Portugal, un pays où le tourisme et les échanges économiques dépendent largement de sa connectivité aérienne.

Le gouvernement portugais a fixé des priorités précises pour le futur partenaire de TAP. Il s'agit notamment de renforcer la connectivité des régions autonomes comme Madère et les Açores, de développer la maintenance aéronautique au Portugal, et de pérenniser les liaisons vers les pays lusophones, où la diaspora portugaise joue un rôle économique majeur. La décarbonation du transport aérien, via l'intégration de carburants d'aviation durables (SAF), est également un critère central dans l'évaluation des offres.

Enfin, le maintien de la marque TAP, de son siège social au Portugal et de son hub à Lisbonne est non négociable. L'enjeu dépasse la simple identité nationale : il s'agit de préserver une infrastructure aéroportuaire stratégique, capable de générer des recettes touristiques et de soutenir les échanges commerciaux du pays.

Air France-KLM : un plan global pour TAP et ses synergies

Air France-KLM a confirmé son intérêt pour TAP, mettant en avant un plan couvrant l'ensemble des activités de la compagnie : transport de passagers, fret et maintenance. Le groupe franco-néerlandais souligne que son partenaire de coentreprise, Delta Air Lines, soutient cette démarche, ce qui ouvre la perspective d'un renforcement des correspondances entre Lisbonne et les grands hubs d'Air France à Paris-Charles-de-Gaulle, d'KLM à Amsterdam-Schiphol, et indirectement, du réseau transatlantique de Delta.

Pour Air France-KLM, l'acquisition de TAP s'inscrit dans une logique de consolidation du marché européen, où le groupe cherche à renforcer sa présence sur les liaisons vers l'Amérique latine et l'Afrique. Un scénario où TAP deviendrait un partenaire clé du réseau Air France-KLM pourrait permettre de capter une part croissante du trafic entre l'Europe et ces régions, tout en offrant aux voyageurs une meilleure accessibilité aux destinations brésiliennes et africaines.

L'offre d'Air France-KLM inclut également des engagements en matière d'investissements dans la flotte de TAP, de développement de la maintenance aéronautique au Portugal, et de soutien à la décarbonation du transport aérien. Ces éléments pourraient peser dans la balance, surtout si Lisbonne cherche à s'assurer que le futur partenaire de TAP s'engage sur des projets concrets et durables.

Lufthansa : une stratégie européenne et lusophone

Lufthansa Group, de son côté, se dit prêt à poursuivre le processus de manière constructive dans les prochaines semaines pour bâtir un partenariat de long terme avec TAP et le Portugal. Le groupe allemand, déjà présent en Europe avec un portefeuille de compagnies incluant Lufthansa, Swiss, Austrian Airlines, Brussels Airlines et ITA Airways, voit dans TAP une opportunité d'élargir encore son influence sur le continent.

L'enjeu principal pour Lufthansa est d'accéder plus directement aux marchés lusophones, où le groupe dispose déjà d'une présence, mais pourrait renforcer son positionnement. Une intégration de TAP dans le réseau de Lufthansa permettrait de créer des synergies entre les hubs de Lisbonne et Francfort, Munich ou Zurich, offrant ainsi aux passagers une meilleure connectivité vers l'Europe et au-delà.

Lufthansa met également en avant des engagements similaires à ceux d'Air France-KLM, notamment en matière d'investissements dans la flotte, de développement de la maintenance aéronautique et de soutien à la transition écologique du transport aérien. Le groupe allemand insiste sur la nécessité de préserver l'emploi et les compétences locales, un argument susceptible de séduire les autorités portugaises dans un contexte de précarité économique.

Le prix ne suffira pas à départager les deux candidats

Contrairement à ce que l'on pourrait penser, le prix ne sera pas le critère déterminant dans le choix du futur partenaire de TAP. Les autorités portugaises ont indiqué que les propositions financières des deux groupes étaient trop proches pour permettre une décision basée uniquement sur ce critère. Ce sont donc les engagements opérationnels, industriels et sociaux qui feront la différence.

Parmi les éléments clés qui pourraient faire pencher la balance en faveur de l'un ou de l'autre :

La capacité à garantir la stabilité financière de TAP, un enjeu majeur après des années de difficultés économiques et de soutien public massif lors de la crise sanitaire. Les deux groupes devront démontrer qu'ils peuvent apporter une stabilité à long terme à la compagnie, tout en respectant les contraintes budgétaires imposées par l'État portugais.

Le développement de la maintenance aéronautique au Portugal, un secteur stratégique pour le pays. Les deux prétendants devront s'engager à développer les activités de maintenance, de réparation et de révision (MRO) au Portugal, afin de renforcer les compétences locales et de créer des emplois qualifiés.

L'intégration de TAP dans un réseau européen plus large, une question qui touche à la fois à la connectivité et à la compétition sur le marché aérien. Air France-KLM et Lufthansa devront montrer comment TAP s'insérera dans leur stratégie respective, et quels avantages cette intégration apportera aux passagers, aux compagnies et aux économies des pays concernés.

Enfin, la transition écologique est un sujet central. Les deux groupes devront s'engager à soutenir l'intégration des carburants d'aviation durables (SAF) dans la flotte de TAP, et à développer des initiatives pour réduire l'empreinte carbone de la compagnie. Cet aspect pourrait devenir un critère décisif, surtout si le Portugal souhaite faire de TAP un modèle de durabilité dans le secteur aérien.

Un choix qui aura des répercussions sur toute l'Europe

La décision du Portugal sur le futur partenaire de TAP ne se limitera pas à un simple transfert d'actions. Elle aura des répercussions sur l'ensemble du paysage aérien européen, où la consolidation du secteur est en marche. Le choix d'Air France-KLM ou de Lufthansa pourrait redéfinir les équilibres entre les grands groupes, influencer les stratégies de développement des hubs européens, et, in fine, déterminer qui contrôlera une part significative du trafic entre l'Europe, l'Amérique latine et l'Afrique.

Pour les passagers, cette bataille industrielle pourrait se traduire par une meilleure connectivité, des tarifs plus compétitifs et une plus grande diversité d'options pour voyager vers le Brésil, l'Afrique ou l'Amérique du Nord. Pour les employés de TAP, elle représente une opportunité de stabilité dans un secteur marqué par des restructurations et des crises successives. Pour l'économie portugaise, enfin, elle offre la perspective de renforcer son attractivité touristique et commerciale grâce à un hub aérien performant et moderne.

Les prochaines semaines seront donc cruciales. Entre les promesses d'investissement, les engagements en matière de décarbonation et les synergies industrielles, Air France-KLM et Lufthansa devront convaincre Lisbonne que leur projet est le meilleur pour TAP, pour le Portugal et pour l'Europe. Une chose est sûre : le gagnant de cette bataille ne sera pas seulement celui qui paiera le plus, mais celui qui saura proposer la vision la plus ambitieuse et la plus durable pour l'avenir de TAP Air Portugal.

Reste à savoir si Lisbonne parviendra à trancher avant la fin de l'année, ou si le suspense se prolongera encore, au grand dam des observateurs et des voyageurs impatients de voir se dessiner l'avenir de l'un des hubs les plus stratégiques d'Europe.

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