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Air China contourne la pénurie de kérosène à Cuba avec un détour par les Bahamas

Emeline Dudoura·

La crise du carburant qui frappe Cuba depuis des mois force les compagnies aériennes à repenser leurs stratégies. Air China a dû organiser un vol exceptionnel au départ de La Havane pour évacuer des passagers bloqués par les annulations répétées de ses liaisons vers Madrid et Pékin. Une escale technique à Nassau, aux Bahamas, est devenue la solution pour contourner l’indisponibilité de kérosène sur l’île. Ce détour illustre les défis logistiques auxquels font face les transporteurs opérant dans les Caraïbes, où les infrastructures et les approvisionnements restent fragiles.

Le vol CA590, opéré par un Boeing 787-9 Dreamliner, a décollé de La Havane lundi 19 octobre à 22 h 33, avec une escale à Nassau avant de rejoindre Madrid puis Pékin. Selon les données de Flightradar24, l’appareil a atterri à Nassau à 23 h 25, avant de repartir pour Madrid à 1 h 43 le lendemain. Une opération de dernier recours pour des dizaines de passagers dont les billets avaient été annulés avant le 10 octobre, sans explication claire de la part d’Air China ou des autorités chinoises.

Ce détour par les Bahamas n’est pas inédit. Dès mars 2026, Air China avait déjà introduit une escale technique à Nassau sur la liaison La Havane-Madrid pour permettre l’avitaillement, faute de carburant disponible à Cuba. La pénurie de Jet A-1, aggravée par des problèmes d’infrastructure et des tensions géopolitiques, transforme une route transatlantique normalement directe en un parcours à deux étapes. Un scénario qui rappelle les difficultés rencontrées par d’autres compagnies comme Air France, qui avait suspendu sa ligne Paris-La Havane après avoir tenté de maintenir une escale aux Bahamas.

Une liaison fragilisée par les droits de cinquième liberté

La desserte Pékin-Madrid-La Havane, relancée en mai 2024, avait été conçue pour transporter des passagers entre l’Espagne et Cuba grâce aux droits de « cinquième liberté ». Cette réglementation permet à une compagnie de commercialiser un tronçon entre deux pays étrangers dans le prolongement d’une liaison avec son propre pays. Un avantage économique pour Air China, qui a su attirer une clientèle cubaine installée en Europe, séduite par des tarifs souvent plus accessibles que ceux proposés par Air Europa.

Cependant, les témoignages recueillis par le South China Morning Post révèlent des dysfonctionnements majeurs : des attentes de plus de quinze heures à Madrid, un manque criant d’informations pour les voyageurs, et des difficultés récurrentes à obtenir remboursements ou indemnisations. Des dysfonctionnements qui pèsent sur l’image de la compagnie chinoise, malgré ses efforts pour maintenir une présence dans un marché en crise.

Parmi les passagers affectés, certains ont expliqué au South China Morning Post que le personnel d’Air China à Madrid avait évoqué des « travaux sur une piste de Nassau » pour justifier les annulations. Le gestionnaire de l’aéroport Lynden-Pindling a confirmé la réfection de la piste 14/32, un chantier lancé en août et devant s’achever le 31 octobre. Si la fermeture partielle de cette infrastructure a pu perturber temporairement les opérations, elle ne suffit pas à expliquer à elle seule les problèmes d’Air China. Une étude de capacité avait conclu au maintien d’une activité suffisante, laissant planer le doute sur d’autres causes, peut-être plus structurelles.

Cuba, un hub aérien en déclin

La pénurie de kérosène à Cuba ne date pas d’hier. Depuis des années, l’île dépend de plus en plus des importations de carburant, une situation aggravée par l’embargo américain et les sanctions internationales. Plusieurs compagnies étrangères ont déjà réduit ou suspendu leurs dessertes : Air Canada, Air France, Iberia et Turkish Airlines ont tous quitté le marché cubain, laissant Air China comme l’un des derniers transporteurs étrangers à maintenir une liaison régulière avec La Havane.

Pour contourner ces difficultés, les compagnies doivent soit emporter davantage de carburant au décollage, soit prévoir un ravitaillement dans un pays voisin. Une solution coûteuse, qui allonge les temps de trajet et complexifie la logistique. Air France avait tenté de maintenir sa ligne Paris-La Havane avec une escale technique aux Bahamas, avant de jeter l’éponge en mars 2026. Une décision qui reflète l’ampleur de la crise et la difficulté à garantir la régularité des vols dans ces conditions.

Malgré ces défis, Air China continue de jouer un rôle clé dans la connectivité de Cuba avec le reste du monde. Ses vols, bien que perturbés, restent une bouée de sauvetage pour les voyageurs bloqués sur l’île. Une situation qui rappelle à quel point la stabilité des approvisionnements en carburant est devenue un enjeu majeur pour l’aviation mondiale, surtout dans les régions où les infrastructures sont fragiles.

Un avenir incertain pour les liaisons cubaines

Le détour par Nassau est une solution temporaire, mais il ne résout pas le fond du problème : l’approvisionnement en kérosène à Cuba. Les travaux en cours à l’aéroport de Nassau pourraient, à terme, faciliter les escales techniques, mais ils ne suffiront pas à garantir une stabilité durable. La dépendance de l’île aux importations et les tensions géopolitiques persistantes laissent peu d’espoir pour une amélioration rapide de la situation.

Pour Air China, cette crise est aussi une opportunité de renforcer son influence sur la liaison La Havane-Madrid-Pékin, un axe stratégique pour desservir les communautés cubaines en Europe. Cependant, la compagnie devra faire face à une concurrence accrue, notamment de la part des transporteurs latino-américains qui pourraient profiter de la faiblesse d’Air China pour capter une partie du marché.

En attendant, les passagers cubains et espagnols devront composer avec des incertitudes persistantes. Les prochains mois seront décisifs pour savoir si Air China parviendra à maintenir sa liaison ou si elle devra, elle aussi, suspendre ses vols faute de carburant et d’infrastructures fiables.

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