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L’EES biométrique aux frontières de l’UE va tout changer pour vos prochains vols vers Rome, Lisbonne ou Milan

Emeline Dudoura·

Vos prochains voyages vers l’Italie, le Portugal ou l’Italie pourraient bien être bouleversés par l’entrée en vigueur du système d’entrée/sortie (EES), ce dispositif biométrique imposé par l’Union européenne depuis avril 2026. Désormais, plus de tampons dans le passeport pour les passagers hors espace Schengen : place à l’enregistrement systématique des empreintes digitales et d’une photo numérique. Une révolution qui, selon les premiers retours, pourrait bien transformer vos files d’attente en cauchemar… ou en opportunité de gagner du temps.

À Rome, les gestionnaires d’aéroports tirent déjà la sonnette d’alarme. Fiumicino et Ciampino, deux des plateformes les plus fréquentées d’Europe, menacent de suspendre temporairement le dispositif si les files d’attente deviennent ingérables cet été. Avec des pics de trafic attendus à partir de juillet, les autorités italiennes estiment que l’EES, tel qu’il est déployé, est tout simplement incompatible avec les besoins opérationnels. Marco Troncone, directeur général d’Aeroporti di Roma, n’y va pas par quatre chemins : « Sans flexibilités supplémentaires, nous serons contraints de fermer partiellement le système pour éviter le chaos ».

Le problème ne se limite pas à l’Italie. À Lisbonne, l’aéroport a dû suspendre totalement l’EES pendant trois mois en 2026 en raison de déficiences graves, provoquant des attentes pouvant atteindre sept heures. À Milan-Linate, un vol easyJet vers Manchester a dû décoller sans 122 passagers, bloqués dans des queues interminables. Les associations professionnelles, comme ACI Europe et Airlines for Europe (A4E), parlent désormais de « défaillance systémique » plutôt que de simples problèmes de rodage. Olivier Jankovec, directeur général d’ACI Europe, alerte : « La montée en puissance du dispositif va inévitablement déboucher sur des blocages bien plus graves, et des ruptures de fonctionnement systémiques pour les aéroports ».

Face à cette pression, la Commission européenne a reculé le déploiement intégral à septembre 2026 et reconnaît que la majorité des longues files d’attente sont liées à des pénuries de personnel et des infrastructures insuffisantes. Bruxelles met en avant une « flexibilité intégrée » permettant de suspendre certaines fonctions de l’EES en période de forte affluence. Pourtant, malgré ces ajustements, les acteurs du secteur restent sceptiques. L’IATA, l’Association internationale du transport aérien, évoque même la possibilité d’attentes allant jusqu’à six heures dans certains aéroports européens cet été.

Pour les voyageurs, cela signifie une chose : il va falloir anticiper comme jamais. Plus de trois heures d’attente aux contrôles frontaliers ? Des correspondances manquées en série ? Des procédures biométriques qui s’ajoutent aux contrôles de sécurité classiques ? Les compagnies aériennes, impuissantes face à ces dysfonctionnements, commencent à alerter leurs clients. Royal Air Maroc, par exemple, rappelle désormais systématiquement à ses passagers les nouvelles règles d’entrée au Mexique via ses vols vers Monterrey, où les formalités biométriques sont également en vigueur.

Alors, comment éviter de se retrouver bloqué dans une file d’attente de plusieurs heures à Rome, Lisbonne ou Milan ? Les experts recommandent de pré-remplir les formalités en ligne avant le voyage, si le pays de destination le permet, et de privilégier les créneaux horaires en dehors des pics de trafic. Certains aéroports, comme celui de Lyon, commencent même à tester des bornes biométriques dédiées pour accélérer le processus. Une solution temporaire, mais qui pourrait faire la différence entre un vol manqué et un départ à l’heure.

L’EES, un système qui divise l’Europe

Adopté en 2018, le système d’entrée/sortie (EES) devait moderniser les contrôles aux frontières de l’UE et lutter contre la fraude documentaire. Pour les passagers non-européens, cela se traduit par un enregistrement biométrique obligatoire dès la première entrée dans l’espace Schengen, puis tous les cinq ans. Mais depuis son déploiement en avril 2026, le dispositif accumule les critiques.

Les premières semaines ont révélé des problèmes techniques majeurs dans plusieurs pays. À Paris-Charles de Gaulle, les files d’attente ont parfois dépassé les deux heures, avec des retards en cascade sur les correspondances. À Amsterdam-Schiphol, les contrôleurs ont signalé des bugs récurrents dans le système de reconnaissance faciale, forçant certains passagers à des vérifications manuelles longues et fastidieuses. Les aéroports espagnols, comme Madrid-Barajas et Barcelone-El Prat, ont également rapporté des dysfonctionnements, bien que moins critiques qu’en Italie ou au Portugal.

Pourtant, la Commission européenne défend le projet. Elle met en avant une amélioration significative de la sécurité et une réduction des fraudes grâce aux contrôles biométriques. « Le système est pleinement opérationnel et répond à un besoin de modernisation des frontières européennes », assure un porte-parole de la Commission. Mais les acteurs du secteur aérien rappellent que la priorité reste la fluidité des voyages. « Trois heures d’attente à l’arrivée, ce n’est pas acceptable pour les passagers ni pour les compagnies », souligne un responsable d’Aeroporti di Roma.

Quels pays sont les plus touchés ?

Tous les aéroports européens ne sont pas logés à la même enseigne. Certains, comme ceux de Scandinavie ou d’Allemagne, semblent mieux préparés grâce à des infrastructures modernes et des effectifs suffisants. D’autres, comme Rome Fiumicino, Lisbonne Humberto Delgado et Milan-Linate, sont en première ligne face aux dysfonctionnements. Voici un état des lieux par pays :

Italie : Les deux aéroports de Rome (Fiumicino et Ciampino) et Milan-Linate sont les plus exposés, avec des files d’attente pouvant atteindre trois heures en période de pointe. Les autorités menacent de suspendre partiellement l’EES si la situation ne s’améliore pas.

Portugal : Lisbonne a déjà suspendu le dispositif pendant trois mois en 2026. Les autres aéroports, comme Porto, semblent moins touchés, mais les voyageurs sont invités à anticiper leurs formalités.

France : Paris-Charles de Gaulle et Nice Côte d’Azur ont enregistré des retards, mais moins critiques qu’en Italie. Les aéroports lyonnais et marseillais, bien que moins fréquentés, commencent à tester des solutions alternatives comme les bornes biométriques dédiées.

Espagne : Madrid-Barajas et Barcelone-El Prat ont connu des bugs techniques, mais rien de comparable aux situations italienne ou portugaise. Les autorités espagnoles misent sur une amélioration progressive.

Grèce : Athènes et Thessalonique semblent moins impactés, grâce à une préparation en amont et des effectifs suffisants. Les files d’attente restent généralement inférieures à une heure.

Comment anticiper l’EES pour un voyage sans stress ?

Face à ce nouveau défi, les voyageurs doivent adapter leurs habitudes. Voici les bonnes pratiques à adopter avant de partir :

Premièrement, vérifiez les exigences du pays de destination. Certains, comme le Mexique, imposent des formalités biométriques spécifiques, même pour les passagers en escale. Royal Air Maroc, par exemple, rappelle que les supporters marocains voyageant vers Monterrey doivent être munis d’un visa mexicain ou d’un visa Schengen en cours de validité.

Deuxièmement, préparez vos documents à l’avance. Si vous voyagez hors espace Schengen, assurez-vous que votre passeport est valide et que vos empreintes digitales sont enregistrées dans le système (certains pays comme le Royaume-Uni ou les États-Unis le font déjà lors des contrôles de sécurité). Les passagers qui ne se soumettront pas à l’EES s’exposent à des refus d’embarquement.

Troisièmement, choisissez des créneaux horaires stratégiques. Les aéroports recommandent d’arriver au moins trois heures avant un vol long-courrier et deux heures pour un vol intra-européen. Mais avec l’EES, il faudra peut-être prévoir une heure de plus pour les formalités biométriques.

Enfin, utilisez les services en ligne lorsque c’est possible. Certains pays, comme l’Italie et le Portugal, proposent des plateformes de pré-enregistrement pour les passagers fréquents ou les touristes. Ces services permettent de gagner un temps précieux, surtout en période de forte affluence.

Les alternatives pour contourner l’EES

Face à la grogne des passagers et des aéroports, certains pays explorent des solutions pour contourner les files d’attente. À Lyon, par exemple, l’aéroport teste des bornes biométriques dédiées, accessibles uniquement aux passagers en possession d’un billet et d’un document d’identité valide. Ces bornes, installées en amont des contrôles, permettent d’enregistrer les empreintes et la photo en quelques minutes, réduisant ainsi le temps d’attente aux guichets.

D’autres aéroports, comme celui de Bruxelles, misent sur des contrôles biométriques mobiles, effectués directement dans les avions avant l’atterrissage. Une solution encore expérimentale, mais qui pourrait se généraliser si les tests s’avèrent concluants.

En Italie, les autorités étudient la possibilité de réduire les formalités biométriques pour les passagers en transit. Une mesure qui, si elle est adoptée, pourrait significativement fluidifier le trafic dans les hubs comme Rome Fiumicino et Milan Malpensa.

Pour les voyageurs, ces innovations représentent une lueur d’espoir. Mais elles ne suffiront pas à résoudre tous les problèmes. La véritable solution passe par un renforcement des effectifs et une modernisation des infrastructures, deux chantiers qui prendront encore plusieurs mois, voire plusieurs années, à se concrétiser.

En attendant, une chose est sûre : l’EES va transformer vos prochains voyages en Europe. Entre files d’attente interminables et solutions d’urgence, les passagers devront faire preuve d’adaptabilité. Une chose est sûre, les compagnies aériennes et les aéroports commencent à peine à mesurer l’ampleur des défis qui les attendent.

Alors, prêt à affronter l’EES lors de votre prochain vol vers Rome, Lisbonne ou Milan ? Une chose est sûre : mieux vaut anticiper.

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