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Italie : Milan-Linate pourrait accueillir des vols intercontinentaux d’affaires dès 2026

Marc Leonelli·

Le **plan national des aéroports 2026-2035** présenté par le ministère italien des Infrastructures et des Transports ouvre une brèche majeure pour **Milan-Linate**, l’un des aéroports les plus stratégiques d’Europe. Pour la première fois, des **vols intercontinentaux** pourraient y être opérés, mais sous des conditions strictes : des appareils configurés en **100 % classe Affaires** et des compagnies traditionnelles uniquement. Une révolution pour ce « city airport » milanais, aujourd’hui limité aux liaisons intra-européennes, qui pourrait redessiner le paysage du trafic haut de gamme en Italie.

Situé à seulement une douzaine de minutes en métro de la piazza Duomo, Linate incarne l’accessibilité pour les voyageurs d’affaires pressés. Pourtant, depuis 2022, son activité est encadrée par le décret « Giovannini », qui limite son trafic à des vols point à point dans l’Union européenne ou vers des pays liés par accord, avec un rayon maximal de 1 500 km. Avec un plafond de 18 mouvements horaires, Linate est saturé, et les nouvelles compagnies peinent à y obtenir des créneaux. Ces restrictions visaient initialement à soutenir le développement de **Milan-Malpensa** comme hub intercontinental, après les difficultés d’Alitalia et la redistribution du trafic long-courrier. Mais le nouveau plan national des aéroports change la donne en introduisant une exception ciblée.

Le document stratégique prévoit que Linate pourrait être ouvert à des **routes extra-UE**, même au-delà de 1 500 km, à condition que ces vols soient opérés par des appareils en configuration **100 % Business** par des transporteurs traditionnels. L’objectif ? Permettre aux compagnies de desservir directement le cœur économique de Milan avec une clientèle premium, sans dépendre des hubs périphériques. New York est la cible la plus évidente, mais d’autres destinations comme Boston, Montréal, Toronto, Dubaï ou Delhi pourraient être envisagées, notamment avec l’Airbus A321LR ou, à terme, l’A321XLR.

Cette ouverture ne se fera pas sans arbitrages délicats. Le plafond de 18 mouvements par heure reste en place, ce qui signifie qu’il faudra réduire certaines fréquences domestiques ou européennes pour dégager des créneaux. Un défi pour ENAC et l’allocateur de slots, dans un marché où Linate est déjà l’aéroport privilégié par les voyageurs d’affaires italiens et européens. La redistribution des créneaux sera l’un des points les plus sensibles de cette réforme.

Un cadre réglementaire à renégocier avec Bruxelles

Pour que des vols intercontinentaux soient effectivement opérés depuis Linate, le plan reconnaît qu’il faudra « dépasser le décret Giovannini » de 2022, qui fixe la répartition du trafic entre Malpensa, Linate et Bergame. Ce décret, approuvé par la Commission européenne, visait à contenir l’essor de Linate au profit de Malpensa. Toute modification devra donc être négociée avec Bruxelles, sur la base d’une nouvelle notification italienne. Le **Plan national des aéroports 2026-2035**, élaboré par l’ENAC, sert de cadre stratégique à cette révision. Présenté le 12 mai 2026 par le ministre Matteo Salvini, il s’inscrit dans une vision d’ensemble pour le développement du secteur aéroportuaire italien sur la prochaine décennie.

Quels opérateurs pourraient sauter le pas ?

Sur le papier, **ITA Airways** apparaît comme un candidat naturel. Avec le groupe Lufthansa, elle représente 52 % des vols programmés à Linate en 2026. Mais aucun de ces transporteurs ne dispose actuellement de monocouloirs configurés en 100 % Business, ce qui suppose des investissements ou des conversions spécifiques. **Air France-KLM**, dont le PDG Ben Smith avait déjà exprimé son intérêt, suit également le dossier de près.

Un acteur est déjà prêt : **La Compagnie**, qui exploite deux Airbus A321neo entièrement configurés en 76 sièges Business sur la liaison Milan-Malpensa – New York/Newark. Le transporteur français pourrait « voler immédiatement » sur une éventuelle route Linate-New York, selon la presse italienne, dès l’obtention des droits nécessaires. Un transfert, même partiel, de ces capacités vers Linate déplacerait mécaniquement le centre de gravité du marché premium lombard.

Malpensa, l’autre variable de l’équation

Pour les défenseurs de Malpensa, cette perspective ravive un vieux débat italien entre **city airport** et **hub périphérique**. Les investissements consentis depuis des années pour renforcer le long-courrier à Malpensa, incluant l’arrivée de nouveaux transporteurs et la croissance de la capacité vers l’Amérique du Nord ou l’Asie, reposent sur l’idée que la majorité du trafic intercontinental reste concentrée en « brughiera », une lande de haute plaine lombarde. Un siphonage du segment Business vers Linate pourrait fragiliser l’économie de certaines lignes et compliquer l’atteinte des seuils de rentabilité.

Un objectif global : 305 millions de passagers d’ici 2035

Le **Plan national des aéroports 2026-2035** fixe un objectif ambitieux : porter la capacité du système aéroportuaire italien à 305 millions de passagers par an d’ici 2035, contre environ 230 millions estimés en 2025. Cette croissance reposera sur la reprise du trafic international, qu’il soit loisirs ou affaires, ainsi que sur le dynamisme des aéroports régionaux. Un investissement de 1,2 milliard d’euros est prévu pour améliorer les liaisons ferroviaires vers des plateformes comme Bergame, Olbia, Vérone ou Venise.

L’ouverture de Linate aux vols intercontinentaux, si elle se concrétise, ne sera qu’un volet d’une stratégie plus large. Elle illustre la volonté italienne de repositionner ses infrastructures pour capter un trafic haut de gamme toujours plus exigeant, tout en préservant l’équilibre économique des hubs existants. Une réforme qui pourrait inspirer d’autres villes européennes cherchant à concilier proximité urbaine et desserte internationale.

Ce qu’il faut retenir sur Milan-Linate et les vols intercontinentaux

L’ouverture de Linate aux **vols intercontinentaux** repose sur trois piliers :

• Une **configuration exclusive 100 % Business** des appareils, réservée aux compagnies traditionnelles.

• Un **rayon d’action étendu** au-delà de 1 500 km, avec des destinations comme New York, Dubaï ou Delhi en ligne de mire.

• Un **arbitrage des créneaux** nécessaire, dans un contexte de saturation déjà marquée.

Pour les voyageurs d’affaires, cette évolution signifie un accès direct, rapide et premium au cœur de Milan. Pour les compagnies, c’est l’opportunité de capter une clientèle hautement rémunératrice sans dépendre des hubs périphériques. Pour les aéroports concurrents comme Malpensa, c’est un défi à relever pour maintenir leur attractivité. Une réforme à suivre de près, dont les premiers effets pourraient se faire sentir dès 2026.

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