FLY91 signe un contrat historique de 40 ATR 72-600 : le turbo-propulseur devient-il l’avenir du court-courrier européen ?

La compagnie indienne FLY91 vient de frapper un grand coup dans le monde de l’aviation régionale en signant une commande ferme de 40 ATR 72-600, valorisée à près d’un milliard de dollars au prix catalogue. Une annonce qui redéfinit les règles du jeu pour les turbopropulseurs et pourrait bien inspirer bien plus que les seules compagnies asiatiques.
Il s’agit ni plus ni moins de la plus importante commande ferme reçue par ATR depuis près de dix ans, et la plus grande jamais passée auprès de l’avionneur franco-italien par une compagnie régionale. Basée à Goa, FLY91 opère actuellement six ATR 72-600 et vise désormais une flotte de plus de 60 avions d’ici 2032, grâce à une stratégie ambitieuse de desserte des villes secondaires indiennes.
Cette commande massive pourrait bien être le signal d’un retournement de tendance pour les turbopropulseurs, longtemps perçus comme un segment en déclin. Avec des coûts d’exploitation jusqu’à 45% inférieurs à ceux d’un jet régional de capacité comparable, l’ATR 72-600 s’impose comme une solution idéale pour les liaisons entre villes de rang 2 et 3, là où les compagnies traditionnelles hésitent encore à déployer des monocouloirs de plus grande capacité.
FLY91 mise sur l’ATR 72-600 pour désenclaver les villes indiennes
Lancée commercialement en mars 2024 sous la raison sociale Just Udo Aviation Private Limited, FLY91 s’est construite sur un créneau précis : les liaisons directes entre les villes secondaires et tertiaires indiennes, souvent délaissées par les grandes compagnies. La compagnie assure actuellement près de 280 vols hebdomadaires et dessert douze villes, avec une treizième destination annoncée prochainement.
Son réseau relie notamment Goa et Hyderabad à Pune, Sindhudurg, Solapur et Jalgaon dans le Maharashtra, Hubballi au Karnataka, Tirupati, Vijayawada et Rajahmundry en Andhra Pradesh, ainsi qu’Agatti, dans l’archipel des Lakshadweep. Une stratégie qui s’inscrit pleinement dans le programme gouvernemental indien Modified UDAN, visant à développer 100 aéroports supplémentaires d’ici 2035-2036.
Pour Manoj Chacko, fondateur, directeur général et CEO de FLY91, « cette commande de 40 appareils est le catalyseur de notre prochaine phase d’expansion ». Il ajoute que « l’ATR 72-600 offre l’économie d’exploitation idéale pour notre réseau », soulignant les avantages du turbopropulseur en termes de coûts opérationnels et de capacité à desservir des aéroports aux infrastructures limitées.
Pour ATR, une bouffée d’oxygène industriel
Pour ATR, coentreprise détenue à parts égales par Airbus et Leonardo, l’annonce représente bien plus qu’un simple contrat. Elle redonne une dimension industrielle à l’année 2026, avec 54 avions commandés depuis le début de l’exercice, dépassant déjà les 50 commandes nettes enregistrées sur l’ensemble de 2025.
Le constructeur franco-italien défend depuis des années les turbopropulseurs comme un outil adapté aux marchés régionaux. L’ATR 72-600, avec sa capacité comprise entre 68 et 78 sièges selon l’aménagement, offre des coûts d’exploitation contenus sur les étapes courtes et la possibilité de desservir des aéroports aux infrastructures plus limitées.
Nathalie Tarnaud Laude, directrice générale d’ATR, a déclaré dans un communiqué : « L’ATR 72-600 associe une économie, une efficacité et une fiabilité inégalées, permettant aux compagnies de proposer des tarifs accessibles tout en reliant des millions de passagers à de nouvelles opportunités ».
L’ATR 72-600 peut-il séduire l’Europe ?
Si FLY91 opère en Inde, où le potentiel de développement du court-courrier est immense, la question se pose désormais pour l’Europe. Les turbopropulseurs pourraient-ils devenir une solution crédible pour relier les villes secondaires du Vieux Continent, souvent mal desservies par les grands hubs ?
Plusieurs facteurs plaident en faveur d’un regain d’intérêt pour les turbopropulseurs en Europe. D’abord, la pression sur les coûts dans un contexte de hausse des prix du carburant. Ensuite, la saturation croissante des grands aéroports européens, qui rend les créneaux horaires de plus en plus précieux. Enfin, la volonté de réduire l’empreinte carbone du transport aérien, les turbopropulseurs émettant jusqu’à 45% de CO2 en moins qu’un jet régional de capacité comparable.
Plusieurs compagnies européennes ont déjà commencé à explorer cette piste. En France, Flywest suit de près les évolutions du marché des turbopropulseurs, notamment pour ses offres de vols vers des destinations moins fréquentées. La compagnie a déjà testé des solutions hybrides et reste attentive aux innovations technologiques dans ce domaine.
Un modèle à suivre pour les compagnies européennes ?
Le succès de FLY91 pourrait inspirer d’autres compagnies à travers le monde, y compris en Europe. Une flotte de turbopropulseurs bien dimensionnée pourrait permettre à des transporteurs régionaux de capter une part de marché significative sur les liaisons entre villes secondaires, tout en offrant des tarifs compétitifs.
Pour les voyageurs, cela signifierait des connexions plus directes, moins de correspondances, et potentiellement des prix plus accessibles. Pour les aéroports, cela pourrait représenter une opportunité de développement et de désenclavement territorial.
Reste à voir si les compagnies européennes oseront franchir le pas. Plusieurs obstacles se dressent encore sur la route, notamment la perception du turbopropulseur comme un avion « dépassé » par une partie des voyageurs, ainsi que les défis liés à la certification et à l’intégration des turbopropulseurs dans les flottes existantes.
Une commande qui pourrait tout changer pour ATR
Quel que soit l’avenir en Europe, la commande de FLY91 représente une victoire majeure pour ATR. Elle confirme le rôle central du turbopropulseur dans la stratégie de développement de l’avionneur franco-italien et pourrait bien relancer l’intérêt pour cette technologie dans les années à venir.
Avec un carnet de commandes déjà bien rempli et une production qui devrait s’accélérer d’ici 2027, ATR se positionne comme un acteur clé du renouvellement des flottes régionales à travers le monde. Et si FLY91 montre l’exemple, d’autres compagnies pourraient bien suivre.
Et demain, quid des turbopropulseurs en Europe ?
L’Europe, avec ses milliers de villes secondaires et son réseau ferroviaire dense mais saturé, pourrait devenir un terrain de jeu idéal pour les turbopropulseurs. Plusieurs scénarios sont envisageables :
Des partenariats public-privé pour développer des liaisons régionales, en s’inspirant des programmes comme UDAN en Inde. Des aides publiques pourraient faciliter l’acquisition d’appareils et soutenir l’ouverture de nouvelles lignes.
L’émergence de nouveaux acteurs, spécialisés dans le court-courrier régional. Des start-up ou des compagnies low-cost pourraient se lancer sur ce créneau, en misant sur des turbopropulseurs modernes et des modèles économiques innovants.
L’hybridation des solutions, avec des turbopropulseurs électriques ou hybrides. Plusieurs projets sont en cours dans ce domaine, et l’Europe, leader en matière de transition énergétique, pourrait jouer un rôle clé dans leur déploiement.
Quoi qu’il en soit, la commande historique de FLY91 marque un tournant. Elle pourrait bien être le début d’une nouvelle ère pour les turbopropulseurs, en Asie comme en Europe, et redéfinir les contours de l’aviation régionale pour les années à venir.
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