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American Airlines va-t-elle choisir Airbus ou Boeing pour remplacer sa flotte de 777-200ER ? Le duel des géants qui va redessiner les ciels du monde

Emeline Dudoura·

Avec 47 Boeing 777-200ER à remplacer d’ici les années 2030, American Airlines se trouve à un carrefour stratégique qui pourrait redéfinir son avenir long-courrier. La compagnie américaine envisage jusqu’à 65 appareils pour moderniser sa flotte, déclenchant une compétition acharnée entre Airbus et Boeing. Derrière les chiffres se cache une bataille industrielle et commerciale aux enjeux colossaux : qui décrochera la plus grosse commande d’avions commerciaux jamais enregistrée par un transporteur américain ?

Le processus de sélection s’est significativement accéléré ces derniers mois. Selon les déclarations de Nat Pieper, directeur commercial de la compagnie, les discussions avec les deux avionneurs seraient entrées dans une phase avancée, à la « septième ou huitième manche », une expression qui évoque un stade décisif dans les négociations. Mais l’issue reste plus incertaine que jamais : « Le choix pourrait basculer d’un côté comme de l’autre », a-t-il prévenu lors d’un entretien rapporté par FlightGlobal. Ce qui était initialement présenté comme une simple mise à jour de flotte s’est transformé en l’un des plus gros paris du secteur aérien mondial.

Ce renouvellement ne se limite pas à un simple remplacement d’appareils vieillissants. American Airlines a commencé à réaménager ses Boeing 777-300ER avec 70 suites Flagship Suite en classe affaires et 44 sièges en Premium Economy, une montée en gamme qui répond à une demande croissante pour des produits haut de gamme sur les lignes transatlantiques. Les 777-200ER, entrés en service en 1999, nécessitent une refonte complète pour rester compétitifs dans l’attente de leur succession.

La modernisation de ces appareils vieillissants cohabitera avec l’arrivée de nouveaux avions qui devront aussi accompagner une stratégie de croissance. American Airlines n’exclut pas d’acquérir davantage d’appareils que les 47 nécessaires au strict remplacement de sa flotte actuelle. Cette flexibilité pourrait permettre à la compagnie d’augmenter sa capacité sur certains marchés ou d’ouvrir de nouvelles destinations.

Boeing mise sur ses atouts opérationnels avec le 787

Boeing part avec un avantage opérationnel évident : American Airlines exploite déjà des Boeing 787-8 et 787-9, ce qui signifie que ses équipes de maintenance et de pilotage sont déjà familiarisées avec la plateforme. L’intégration de nouveaux Dreamliner s’inscrirait dans une continuité logique, réduisant les coûts de formation et les délais de mise en service. Parmi les modèles envisagés figurent les 787-9 et 787-10, deux versions déjà éprouvées sur le réseau long-courrier de la compagnie.

Le 787 Dreamliner offre des arguments convaincants : une consommation de carburant réduite de 20% par rapport aux avions de génération précédente, des cabines plus silencieuses et une pressurisation optimisée pour le confort des passagers. Pour American Airlines, ces caractéristiques se traduisent par une meilleure rentabilité opérationnelle et une attractivité accrue auprès des voyageurs premium. La famille 787 a déjà prouvé sa fiabilité, avec plus de 1 500 appareils livrés dans le monde depuis son entrée en service en 2011.

Mais Boeing ne peut se reposer uniquement sur ses acquis. Le constructeur devra convaincre American Airlines que le 787 représente la solution la plus compétitive face à l’A350, tant sur le plan économique que sur celui de la capacité d’emport. Les discussions portent également sur d’éventuelles options supplémentaires ou des mécanismes de tarification incitatifs pour sécuriser le contrat.

L’Airbus A350 dans la course : un retour des gros-porteurs européens

Une victoire de l’Airbus A350 marquerait un tournant symbolique : ce serait le retour des gros-porteurs européens dans la flotte d’une grande compagnie américaine, plus de six ans après le retrait des derniers A330 d’American Airlines. La famille A350, avec ses versions A350-900 et A350-1000, offre une capacité supérieure à celle des 787, tout en affichant une consommation de carburant inférieure à celle des 777-200ER qu’elle remplacerait.

L’A350-900 peut transporter jusqu’à 325 passagers en configuration standard, tandis que l’A350-1000 atteint 366 sièges. Ces capacités permettent à American Airlines d’envisager des dessertes vers des destinations à forte demande, comme l’Asie ou l’Amérique latine, avec une meilleure rentabilité par siège. Airbus met en avant la maturité de sa plateforme, avec plus de 1 000 commandes fermes et une fiabilité opérationnelle déjà démontrée auprès de compagnies comme Singapore Airlines, Qatar Airways ou Cathay Pacific.

Le constructeur européen souligne également l’avantage de la famille A350 en termes de confort cabine, notamment en classe affaires, où ses suites privatives avec portes sont considérées comme parmi les meilleures du marché. Pour American Airlines, qui mise sur une montée en gamme de son offre internationale, cet atout pourrait faire la différence dans la décision finale.

Une victoire de l’A350 signifierait aussi pour Airbus une entrée renforcée sur le marché américain long-courrier, un segment traditionnellement dominé par les constructeurs américains. Ce contrat pourrait servir de référence pour d’autres compagnies, ouvrant la porte à de futures commandes.

Les enjeux financiers et industriels derrière la décision

Le volume évoqué par American Airlines – entre 50 et 70 appareils selon les sources – représente une commande d’une valeur potentielle dépassant les 20 milliards de dollars au prix catalogue. Mais au-delà du montant nominal, c’est l’impact industriel qui est majeur. Boeing et Airbus ont tous deux besoin de cet ordre pour sécuriser leurs cadences de production et justifier leurs investissements dans les usines et chaînes d’approvisionnement.

Pour Boeing, qui a subi des retards de production sur le 787 et fait face à une concurrence accrue de l’A350, cette commande pourrait donner un coup de fouet à sa division commerciale. Le constructeur a récemment ouvert une quatrième ligne d’assemblage du 737 MAX à Everett, dans l’État de Washington, et cherche à augmenter ses cadences pour répondre à la demande. Une victoire sur American Airlines renforcerait sa position face à Airbus, qui domine actuellement le segment des gros-porteurs avec l’A350.

Pour Airbus, une commande d’une telle ampleur serait une validation éclatante de la pertinence de sa stratégie long-courrier. Le groupe européen a investi massivement dans la famille A350, avec des usines dédiées en Allemagne et en Chine, et une supply chain optimisée pour répondre à une demande croissante. Une victoire chez American Airlines enverrait un signal fort aux autres compagnies américaines et asiatiques, potentiellement enclines à diversifier leurs fournisseurs.

Une décision qui pourrait influencer le marché mondial

Le choix d’American Airlines ne se limitera pas à une simple question de flotte. Il pourrait avoir des répercussions bien au-delà des États-Unis, en influençant les stratégies de renouvellement des autres grandes compagnies aériennes. En effet, si American Airlines opte pour l’A350, cela pourrait encourager d’autres transporteurs américains ou asiatiques à considérer Airbus comme une alternative crédible à Boeing pour leurs futurs remplacements de long-courriers.

À l’inverse, une victoire du 787 consoliderait la position de Boeing sur un segment clé du marché, tout en limitant la progression d’Airbus dans une région où il peine à s’imposer face au géant américain. Ce contrat servirait de vitrine technologique pour le Dreamliner, déjà plébiscité par de nombreuses compagnies pour sa fiabilité et son efficacité opérationnelle.

Les analystes s’accordent à dire que la décision d’American Airlines pourrait être annoncée d’ici la fin de l’année, voire lors de la publication des résultats trimestriels de la compagnie. Dans tous les cas, ce choix stratégique marquera une nouvelle étape dans la bataille entre les deux géants de l’aviation commerciale, avec des répercussions qui s’étendront bien au-delà de 2030.

American Airlines a indiqué que les livraisons des premiers appareils étaient prévues au début des années 2030, laissant un délai suffisant pour finaliser les négociations et préparer la transition opérationnelle. Mais dans un secteur où chaque commande compte, cette décision revêt une importance capitale pour l’avenir des deux constructeurs et, in fine, pour l’ensemble de l’industrie aéronautique mondiale.

Que réserve l’avenir à la famille 777 après le départ des 200ER ?

Si le remplacement des 777-200ER est une priorité immédiate, American Airlines devra également se pencher sur l’avenir de sa flotte de 777-300ER, introduits en 2012. Ces appareils, plus récents et plus performants, ne nécessitent pas un renouvellement aussi urgent, mais leur modernisation reste un sujet de réflexion. La compagnie a déjà commencé à réaménager leurs cabines, en intégrant des suites Flagship Suite et des sièges Premium Economy, mais une refonte plus profonde pourrait être envisagée.

Quant à la famille 777X, dont le développement a été marqué par des retards et des défis techniques, son avenir dans la flotte d’American Airlines reste incertain. Le 777-8 et le 777-9 n’ont pas encore été officiellement envisagés par la compagnie, qui préfère se concentrer sur des solutions éprouvées avec le 787 et l’A350. Cependant, si Boeing parvient à surmonter les obstacles actuels et à certifier le 777X dans les délais, il pourrait reconsidérer cette option pour des lignes nécessitant une capacité accrue.

En attendant, American Airlines dispose d’un délai de plusieurs années pour prendre sa décision. Mais dans un contexte de forte concurrence et de pression sur les coûts, chaque jour compte. La bataille entre Airbus et Boeing pour ce contrat pharaonique ne fait que commencer, et les enjeux sont plus grands que jamais.

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