TAP en quête d’un nouveau partenaire : pourquoi les Français et les Allemands se battent pour ce fleuron portugais

La bataille pour TAP Air Portugal s’intensifie. Deux groupes, Air France-KLM et Lufthansa, ont déposé leurs offres finales pour acquérir 44,9 % du capital de la compagnie portugaise, sans compter les 5 % réservés aux salariés. Le gouvernement lusitanien doit trancher d’ici mi-octobre, un choix qui dépassera le simple cadre financier pour toucher à l’avenir du hub de Lisbonne et des liaisons transatlantiques. Entre promesses de développement, enjeux d’alliance et calculs stratégiques, l’enjeu est de taille pour les voyageurs.
Les négociations, engagées depuis l’été, ont franchi une étape cruciale fin septembre avec la remise des propositions améliorées par les deux candidats. Air France-KLM mise sur une vision ambitieuse : faire de Lisbonne son unique hub en Europe du Sud, une plateforme unique pour ses liaisons long-courriers vers l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud. Le groupe franco-néerlandais évoque la création d’emplois, le renforcement des programmes de fidélité et le développement de la maintenance aéronautique au Portugal. Son objectif affiché est de faire de TAP une compagnie de pavillon portugaise plus forte, tout en sécurisant pour lui une position dominante dans le sud de l’Europe.
Face à lui, Lufthansa joue la carte de l’expérience et de l’intégration existante. La compagnie allemande, déjà partenaire de TAP au sein de Star Alliance, met en avant sa maîtrise des compagnies de réseau et sa capacité à accompagner la croissance de la compagnie portugaise sans altérer son identité nationale. Le groupe souligne aussi l’avantage d’une alliance déjà opérationnelle, facilitant les coopérations commerciales et techniques. Un argument qui pourrait peser lourd dans la balance.
Le gouvernement portugais, qui conserve la majorité du capital, devra évaluer non seulement le prix proposé, mais aussi la solidité des engagements pris. Les deux offres prévoient une participation minoritaire, avec une possibilité pour le candidat retenu d’augmenter sa part jusqu’à 49,9 % si les salariés n’exercent pas leur droit de souscription. La décision, attendue pour la mi-octobre, sera suivie d’une dernière phase de négociation avant la finalisation de l’opération d’ici la fin de l’année. Pour les voyageurs, l’enjeu est double : la qualité du réseau et la stabilité de la compagnie.
Air France-KLM veut Lisbonne comme plateforme exclusive en Europe du Sud
Le projet porté par Air France-KLM repose sur une idée simple : transformer Lisbonne en hub régional pour l’Europe du Sud, une stratégie qui s’inscrit dans la logique de rationalisation du groupe. En faisant de la capitale portugaise son unique plateforme dans cette zone, le groupe vise à concentrer ses flux long-courriers et à optimiser ses coûts opérationnels. Benjamin Smith, directeur général du groupe, a insisté sur cette vision : « Notre offre a été conçue autour d’une compagnie de pavillon portugaise plus forte, avec Lisbonne comme hub exclusif du groupe Air France-KLM dans le sud de l’Europe ».
Ce scénario implique le développement de nouvelles liaisons vers le Brésil, les États-Unis et d’autres destinations stratégiques, tout en soutenant la croissance de TAP sur Porto et d’autres villes portugaises. Le groupe promet aussi des investissements dans les programmes de fidélité et les activités de maintenance, des leviers essentiels pour renforcer l’attractivité de la compagnie. Pour les voyageurs, cela pourrait se traduire par une meilleure couverture des vols long-courriers depuis l’Europe, avec des correspondances plus fluides et des tarifs potentiellement plus compétitifs.
Un élément financier a également été évoqué : Air France-KLM envisageait la possibilité de régler tout ou partie de l’acquisition en actions. Une option qui pourrait séduire le gouvernement portugais, tout en limitant l’impact immédiat sur les finances publiques. Reste à savoir si cette proposition sera retenue dans l’offre finale.
Lufthansa mise sur l’existant et une intégration en douceur
De son côté, Lufthansa mise sur la continuité et l’expérience. Le groupe allemand, qui fait déjà partie de Star Alliance avec TAP, met en avant sa capacité à accompagner la croissance de la compagnie portugaise sans la contraindre à changer d’alliance. Une stabilité qui pourrait rassurer les voyageurs habitués à voyager avec TAP et ses partenaires. Le groupe souligne aussi son expertise dans la gestion des compagnies de réseau, un modèle qu’il applique avec succès sur d’autres filiales comme Austrian Airlines ou Brussels Airlines.
L’avantage de cette solution réside dans la compatibilité des systèmes et des processus, réduisant les risques de perturbation pour les passagers. Pour les autorités portugaises, cela signifie aussi un moindre impact sur les emplois locaux et une intégration plus rapide des nouveaux actionnaires. Le gouvernement devra donc peser le pour et le contre : une alliance déjà existante ou une restructuration plus ambitieuse, mais aussi plus risquée.
Les deux groupes ont présenté des propositions améliorées, sans pour autant dévoiler les montants financiers exacts. Le gouvernement portugais devra donc évaluer les engagements concrets, notamment en termes de développement du réseau, de création d’emplois et d’investissements dans les infrastructures. Une décision qui pourrait redessiner la carte des liaisons aériennes entre l’Europe et l’Amérique du Sud.
Un réseau transatlantique stratégique pour le Portugal
TAP Air Portugal joue un rôle clé dans les liaisons entre l’Europe et le Brésil, un marché en pleine expansion. En 2025, la compagnie a transporté 16,7 millions de passagers, dont une part importante sur des vols transatlantiques. La survie du hub de Lisbonne dépend en grande partie de sa capacité à maintenir et développer ces lignes, essentielles pour l’économie portugaise. Pour les voyageurs, cela signifie que la qualité des correspondances et la fréquence des vols pourraient être directement impactées par le choix du futur actionnaire.
Le gouvernement portugais a fixé l’échéance de la vente au 31 décembre 2026, laissant suffisamment de temps pour examiner les propositions et préparer les actes contractuels. Une fois la décision prise, le candidat retenu devra encore négocier les détails avec les autorités portugaises et obtenir les autorisations réglementaires nécessaires. Pour les voyageurs, l’attente pourrait donc se prolonger avant de savoir à quoi ressemblera le nouveau visage de TAP Air Portugal.
En attendant, les passagers peuvent continuer à réserver leurs billets en gardant un œil sur l’évolution de la situation. La compagnie reste opérationnelle, et ses vols sont maintenus dans l’attente de la finalisation de l’opération. Une chose est sûre : le choix du futur actionnaire de TAP aura des répercussions bien au-delà des frontières portugaises.
Pour les voyageurs, quels changements à prévoir ?
Si Air France-KLM l’emporte, Lisbonne deviendra probablement le point central de ses liaisons en Europe du Sud. Les voyageurs pourront ainsi bénéficier de correspondances plus fluides vers l’Amérique du Nord et du Sud, avec des programmes de fidélité renforcés. À l’inverse, une victoire de Lufthansa garantirait une continuité des services et des alliances existantes, avec une intégration plus douce des nouveaux actionnaires.
Dans les deux cas, l’enjeu pour les passagers sera de s’assurer que le réseau de TAP reste aussi dense et fiable qu’aujourd’hui. La compagnie a déjà annoncé qu’elle continuerait à opérer ses vols réguliers, mais l’évolution des tarifs et des conditions de voyage dépendra en grande partie de la stratégie du nouveau propriétaire. Une raison de plus pour suivre de près l’actualité de cette privatisation.
Soyez le premier à commenter cet article
Sur le même sujetvoyageurs
- L’UE frappe fort : la taxe carbone étendue aux vols courts dès 2029, ce que ça coûte aux compagnies et aux voyageurs
- Contrôles biométriques aux frontières de Schengen : les aéroports européens sous tension
- Schiphol gèle ses redevances pour 2026 : quel impact sur le prix des billets et la compétition entre hubs européens ?
- Dubaï établit un nouveau record avec 46 millions de voyageurs pour le premier semestre
- Lyon-Saint Exupéry : une aventure artistique et interactive pour les voyageurs avant de prendre leur vol
- L'aéroport de Bruxelles prévoit d'accueillir plus de 5,1 millions de voyageurs cet été, une augmentation de 5% par rapport à l'année précédente.



