Ryanair porte plainte contre la France : le contrôle aérien français accusé de coûter 800 millions d'euros par an aux compagnies

Les retards et les dysfonctionnements du contrôle aérien en France pèsent lourdement sur les compagnies aériennes, et Ryanair vient de frapper fort. La low-cost irlandaise a adressé une lettre cinglante à Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, pour dénoncer une situation qu’elle qualifie de « pire d’Europe », avec des retards en hausse de 60% en 2025 par rapport à 2019. Selon un rapport du Sénat français, ces dysfonctionnements auraient coûté 800 millions d’euros aux compagnies en 2025, un chiffre faramineux qui alimente les tensions entre l’État français et les acteurs du transport aérien.
La gestion du trafic aérien en France cristallise les critiques depuis des années. Les retards imputables au contrôle aérien hexagonal sont en effet parmi les plus élevés du continent, avec des conséquences directes sur les comptes des compagnies. Ryanair, qui a transmis ce rapport sénatorial à la Commission européenne, précise que les retards ont bondi de 60% en un an, une hausse qui reflète l’inefficacité structurelle du système français. Michael O’Leary, PDG de Ryanair, a même rebaptisé Ursula von der Leyen « Useless von der Leyen » dans un communiqué, l’accusant de parler de compétitivité sans jamais la concrétiser. Une sortie qui illustre l’exaspération grandissante des compagnies face à l’immobilisme des institutions européennes.
Les revendications de Ryanair ne se limitent pas aux constats. La compagnie demande à la Commission d’imposer aux prestataires de services de navigation aérienne (ANSP) d’être pleinement dotés en personnel dès la première vague matinale de vols. Une mesure qui vise à éviter les retards en cascade dès le début de la journée. Autre proposition choc : protéger les survols du territoire français en cas de grève nationale des contrôleurs aériens, une mesure inspirée des dispositifs existant dans d’autres pays européens. Ces demandes s’inscrivent dans un contexte où les grèves à répétition des contrôleurs français paralysent régulièrement le trafic, avec des répercussions sur l’ensemble du réseau aérien européen.
La France, souvent pointée du doigt pour ses retards persistants, cumule les mauvaises performances. Une étude d’Eurocontrol de 2025 révélait que près d’un tiers des retards ATC en Europe étaient imputables à l’espace aérien français. Ces retards ne se traduisent pas seulement par des désagréments pour les passagers : ils génèrent des coûts supplémentaires colossaux. Pour les compagnies, chaque minute de retard coûte cher, entre carburant brûlé inutilement, équipages en attente prolongée et indemnités à verser. Ryanair estime que 21 millions de ses passagers ont subi des retards ou des annulations en 2025 à cause des dysfonctionnements du contrôle aérien français et du manque de personnel.
Un système à bout de souffle : des retards structurels et des grèves à répétition
Les problèmes du contrôle aérien français ne datent pas d’hier. La Cour des comptes a récemment dressé un diagnostic sévère, pointant du doigt des retards en forte hausse, un temps de travail des contrôleurs inférieur aux standards du secteur et un protocole social coûteux mais peu efficace. Le service minimum, déjà affaibli, ne suffit plus à garantir une continuité du service, surtout en période de forte affluence comme l’été. Les grèves, parfois lancées par des syndicats minoritaires, bloquent régulièrement l’espace aérien français, avec des répercussions immédiates sur les vols de survol et les compagnies étrangères qui le survolent.
Ces mouvements sociaux, souvent imprévisibles, ont un impact direct sur les programmes de vol. En 2025, les grèves des contrôleurs aériens français ont entraîné des milliers d’annulations et perturbé des milliers d’autres vols, notamment ceux des compagnies basées hors de France. L’IATA et Airlines for Europe ont à plusieurs reprises réclamé un encadrement plus strict de ces grèves ou la mise en place de plans de continuité pour protéger les vols de survol. Pourtant, malgré les alertes répétées, rien n’a changé. La France reste l’un des pays européens où les grèves des contrôleurs sont les plus fréquentes, avec des conséquences qui dépassent largement ses frontières.
Les compagnies aériennes, qu’elles soient low-cost ou traditionnelles, paient un lourd tribut à cette situation. Les coûts des retards et des annulations sont répercutés sur les prix des billets, mais aussi sur la qualité du service rendu aux passagers. Pour Ryanair, la question n’est plus seulement technique : elle devient politique. La compagnie irlandaise accuse la Commission européenne de fermer les yeux sur des dysfonctionnements qui coûtent des centaines de millions d’euros au secteur, alors même que des rapports comme celui du Sénat français ou les données d’Eurocontrol prouvent l’urgence de la situation.
Les propositions de Ryanair : des mesures radicales pour sortir de l’impasse
Face à l’inaction des institutions, Ryanair ne se contente pas de constater. La compagnie propose deux mesures radicales pour tenter de briser l’impasse. La première vise à imposer aux ANSP, dont le français DSNA, d’être pleinement opérationnels dès la première vague de vols. L’idée est simple : éviter que les retards s’accumulent dès le début de la journée, un phénomène qui se répercute ensuite sur l’ensemble du réseau. Pour Ryanair, cette exigence est d’autant plus justifiée que les retards du matin sont souvent dus à un manque de personnel, un problème récurrent en France.
La seconde mesure est encore plus ambitieuse : protéger les survols du territoire français en cas de grève nationale des contrôleurs. Aujourd’hui, les grèves paralysent l’espace aérien français, bloquant des milliers de vols de survol et perturbant les programmes des compagnies étrangères. Ryanair propose de s’inspirer des régimes mis en place dans d’autres pays européens, où des dispositifs permettent de garantir la continuité des survols, même en cas de mouvement social. Une solution qui, si elle était adoptée, pourrait réduire considérablement l’impact des grèves sur le trafic aérien européen.
Ces propositions s’inscrivent dans un contexte où la France accumule les mauvaises notes en matière de gestion du trafic aérien. Selon les données d’Eurocontrol, les retards imputables à la DSNA ont augmenté de 50% sur un été par rapport à l’année précédente, une hausse bien supérieure à la moyenne européenne. Pour les compagnies, cette situation est intenable. Les marges sont déjà fragiles, et chaque euro dépensé en raison des retards ou des annulations pèse lourdement sur les comptes. Ryanair, qui est l’une des compagnies les plus exposées à ces problèmes, a décidé de passer à l’offensive, quitte à bousculer les institutions européennes.
Une réforme européenne au point mort : le rapport Draghi ignoré
Ryanair s’appuie sur le rapport Draghi, présenté en 2024, pour dénoncer l’inaction de la Commission européenne. Ce rapport, qui devait servir de feuille de route pour renforcer la compétitivité européenne, reste lettre morte selon la compagnie. Michael O’Leary va jusqu’à accuser Ursula von der Leyen de « ne pas livrer la moindre réforme », malgré les promesses de compétitivité. Le rapport Draghi recommandait notamment des mesures pour moderniser les infrastructures aériennes et améliorer la performance des ANSP, mais ces suggestions n’ont pas été suivies d’effets concrets.
La Commission européenne, de son côté, se défend en rappelant que les compétences en matière de contrôle aérien restent largement nationales. Bruxelles peut agir via la régulation économique ou les plans de performance SES, mais son pouvoir d’intervention directe est limité. Pourtant, Ryanair estime que la Commission pourrait faire plus, notamment en utilisant son influence pour imposer des sanctions aux ANSP défaillants ou en conditionnant les aides européennes à des améliorations concrètes. Pour la low-cost irlandaise, le temps des déclarations est révolu : il est temps d’agir.
Le débat dépasse désormais le cadre français. Les retards du contrôle aérien en Europe sont un problème structurel, qui touche plusieurs pays. Pourtant, la France cumule les records négatifs : retards les plus élevés, grèves les plus fréquentes, et une gestion du trafic aérien parmi les moins performantes du continent. Si rien ne change, les compagnies continueront de payer le prix fort, et les passagers subiront des perturbations à répétition. Pour Ryanair, la solution passe par une réforme radicale du système européen, avec des mesures coercitives pour les ANSP défaillants et une protection renforcée des survols en cas de grève.
Et maintenant ? Les compagnies en première ligne
Les compagnies aériennes, qu’elles soient low-cost ou traditionnelles, sont les premières touchées par les dysfonctionnements du contrôle aérien français. Elles paient le prix fort, que ce soit en termes de coûts supplémentaires ou de qualité de service. Pour Ryanair, la situation est devenue intenable. La compagnie a déjà menacé de réduire ses opérations en France si rien ne change, une décision qui aurait des répercussions sur des milliers de passagers et des centaines d’emplois.
D’autres transporteurs pourraient suivre. L’IATA et Airlines for Europe ont déjà alerté à plusieurs reprises sur l’urgence de réformer le système européen de contrôle aérien. Pourtant, jusqu’à présent, les institutions européennes n’ont pas pris la mesure de la crise. Les compagnies, elles, n’ont plus le choix : elles doivent faire entendre leur voix, quitte à s’adresser directement à la Commission européenne pour exiger des changements concrets.
La balle est désormais dans le camp des institutions. La France peut-elle réformer son contrôle aérien ? La Commission européenne peut-elle imposer des mesures coercitives aux ANSP défaillants ? Les réponses à ces questions détermineront l’avenir du transport aérien en Europe. Une chose est sûre : sans une réforme profonde, les retards, les grèves et les surcoûts continueront de peser sur un secteur déjà sous tension.
Ce qu’il faut retenir
Ryanair accuse le contrôle aérien français d’être le pire d’Europe, avec des retards en hausse de 60% en 2025 et un coût de 800 millions d’euros pour les compagnies. La low-cost irlandaise a adressé une lettre à Ursula von der Leyen pour exiger des réformes radicales, comme l’obligation pour les ANSP d’être pleinement opérationnels dès la première vague de vols ou la protection des survols en cas de grève. La situation, déjà critique, pourrait encore s’aggraver si rien ne change, avec des conséquences directes sur les passagers et les compagnies. Le débat dépasse désormais le cadre français : l’Europe doit se saisir de la question pour éviter une crise durable du transport aérien.
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