Flybondi : les salaires de mars impayés, la compagnie low-cost argentine sous pression

La compagnie aérienne low-cost argentine Flybondi traverse une zone de fortes turbulences : elle n’a pas versé à temps les salaires du mois de mars à ses employés, tout en affrontant des annulations de vols liées à l’immobilisation d’une partie de sa flotte louée en ACMI. L’épisode, présenté par la direction comme « exceptionnel », ravive toutefois les interrogations sur la soutenabilité financière de son modèle ultra low-cost dans un contexte économique argentin particulièrement dégradé.
Une low-cost qui admet un retard « exceptionnel » de paiement
Dans un message interne adressé à l’ensemble de son personnel, Flybondi a reconnu avoir retardé le paiement des salaires de mars et indiqué qu’aucune date précise de régularisation n’était, à ce stade, confirmée. « Nous traversons une situation difficile et nous savons l’impact que cela a pour vous et vos familles. Nous regrettons profondément d’avoir à vous transmettre cette nouvelle », écrit la compagnie dans cette communication, en présentant le retard comme un cas « totalement exceptionnel » au regard de ses huit années d’exploitation sur le marché argentin. La direction explique qu’il a été « impossible, pour des raisons administratives, d’effectuer le virement des salaires de mars à la date prévue », tout en assurant que le paiement interviendra dans les prochains jours.
Selon plusieurs médias argentins, le message, diffusé sous le salut interne « Hola flybondiers », insiste sur le fait que l’équipe est « 100 % mobilisée pour résoudre la situation dans les plus brefs délais et pouvoir confirmer le jour du paiement ».
Des équipages partiellement payés, mais une base inquiète
Flybondi a tenu à préciser qu’elle avait, en parallèle, versé certaines indemnités et per diem de déplacement aux équipages. La compagnie souligne notamment qu’elle a procédé, le 9 avril, au paiement des diurnes des équipages de cockpit et de cabine, afin de limiter la tension avec les personnels les plus directement exposés aux irrégularités d’exploitation.
Cela n’a pas empêché la montée du mécontentement. Selon la presse locale, l’Association des travailleurs aéronautiques de Flybondi (ATAF) s’est déclarée en état d’alerte et a averti qu’elle pourrait lancer une rétention de tâches de 24 heures si les salaires n’étaient pas régularisés rapidement. « L’entreprise ne peut pas demander des efforts permanents aux travailleurs tout en retardant le paiement des salaires », a dénoncé un représentant syndical cité par la presse argentine, en évoquant un climat d’« incertitude croissante » au sein de la compagnie.
Huit avions immobilisés et une crise autour des contrats ACMI
Ce conflit social intervient alors que Flybondi sort à peine d’un épisode opérationnel critique, marqué par l’immobilisation temporaire de huit appareils exploités sous le régime de leasing ACMI (Aircraft, Crew, Maintenance and Insurance), un modèle de location incluant l’avion, l’équipage, la maintenance et l’assurance. Entre début et mi-mars, deux prestataires ACMI ont décidé de clouer leurs appareils au sol dans le cadre de renégociations commerciales avec Flybondi, entraînant une cascade d’annulations et de retards qui ont affecté des milliers de passagers sur le réseau intérieur argentin.
Selon des données du secteur citées par la presse locale, cette paralysie partielle, débutée le 5 mars, a concerné huit avions opérés en ACMI et serait à l’origine de près de 70 % des annulations de la compagnie sur cette période.
Flybondi a affirmé, mi-mars, être parvenue à des accords avec ses loueurs pour normaliser progressivement ses opérations au cours du mois, tout en maintenant une forte dépendance à ce modèle de location souple, déjà au cœur de sa stratégie d’expansion saisonnière depuis plusieurs années.
Un modèle ultra low-cost très dépendant du wet-lease
Depuis 2024, Flybondi a massivement recours au wet-lease ACMI pour accompagner sa croissance, en ajoutant temporairement des appareils supplémentaires en haute saison, notamment des Boeing 737-800 d’opérateurs européens spécialisés. Cette stratégie lui a permis d’augmenter rapidement sa capacité sur le marché domestique argentin, en profitant de fenêtres de demande élevée après l’ouverture du secteur et l’assouplissement de la réglementation.
Mais l’épisode de mars souligne aussi le revers de la médaille : une dépendance accrue à des prestataires externes, qui peuvent immobiliser leurs appareils en cas de tensions contractuelles ou de désaccords commerciaux, avec un impact immédiat sur la fiabilité du programme de vols.
« La dépendance à des fournisseurs externes pour le cœur de l’opération – avion, équipage et maintenance – à travers le modèle de location ACMI s’est révélée être une arme à double tranchant en période de tensions financières ou contractuelles », résumait récemment un média spécialisé argentin.
Un secteur aérien argentin sous contraintes
La situation de Flybondi s’inscrit dans un environnement macroéconomique argentin très dégradé, marqué par la faible visibilité réglementaire, la volatilité du peso et des coûts en grande partie dolarisés (carburant, leasing, maintenance).
Les compagnies aériennes, et en particulier les modèles ultra low-cost, doivent arbitrer en permanence entre croissance rapide, flexibilité de flotte et discipline financière, dans un contexte où les marges sont réduites et les passagers particulièrement sensibles au prix du billet. Flybondi, qui revendiquait récemment l’une des plus fortes croissances du marché domestique argentin, avait présenté la location ACMI comme un pilier de sa stratégie, permettant de « mettre rapidement des avions en ligne tout en limitant les risques d’investissement ».
@Flybondi
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