Emirates vise Milan-Lima en 2027 : l'Italie divisée entre opportunité économique et protection des compagnies locales

La perspective d’une nouvelle liaison sans escale entre Milan-Malpensa et Lima en 2027 secoue les milieux politiques et économiques italiens. Porté par Emirates, ce projet de desserte suscite un soutien massif des élus lombards et des acteurs industriels, mais se heurte à une opposition farouche des compagnies aériennes locales qui y voient une menace pour leur développement. Entre enjeux de connectivité et de souveraineté aérienne, le dossier cristallise les tensions autour de l’ouverture du marché italien aux transporteurs extra-européens.
Portée par le président de la Lombardie Attilio Fontana et le maire de Milan Giuseppe Sala, une lettre signée par les principaux responsables régionaux et économiques a été adressée au ministre italien des Infrastructures Matteo Salvini. L’objectif ? Obtenir l’autorisation pour Emirates de desservir Lima depuis Milan, une desserte qui s’inscrirait dans le cadre de droits de cinquième liberté, permettant à la compagnie de Dubaï d’embarquer et de débarquer des passagers entre deux pays étrangers dans le prolongement d’un vol commençant ou se terminant dans son propre pays. Aujourd’hui, les voyageurs effectuent ce trajet avec une ou plusieurs escales, souvent via Madrid ou Amsterdam.
Les signataires mettent en avant un argument massivement économique : la Lombardie, région industrielle par excellence, aurait tout à gagner à une meilleure connectivité avec le Pérou et l’Amérique latine. « La disponibilité de liaisons aériennes efficaces constitue un facteur essentiel d’accessibilité, d’attractivité et de développement », écrivent-ils dans leur missive. Ils évoquent des échanges commerciaux à renforcer, des opportunités d’exportation pour les entreprises locales et une attractivité accrue pour les investisseurs internationaux. Le fret aérien, complémentaire au trafic passagers, est également présenté comme un levier de croissance pour l’aéroport de Malpensa, déjà en compétition avec Rome-Fiumicino pour le titre de principal hub italien.
Selon les estimations avancées, ce marché représenterait environ 150 000 passagers annuels entre Milan et Lima, un chiffre qui pourrait encore progresser avec l’introduction d’un vol direct. Emirates, qui a déjà demandé à l’Enac, l’autorité italienne de l’aviation civile, les droits de cinquième liberté, voit dans cette desserte une opportunité de commercialiser directement le segment Italie-Pérou dans le cadre d’un service prolongé vers Dubaï. Un modèle déjà éprouvé entre Milan et New York-JFK depuis 2013, où l’utilisation de la cinquième liberté s’est avérée rentable pour la compagnie.
Cependant, cette initiative ne fait pas l’unanimité dans le paysage aérien italien. ITA Airways, Neos et Aeroitalia ont toutes trois exprimé leur ferme opposition à l’octroi de ces droits à Emirates. Dans une lettre datée du 8 octobre, Lupo Rattazzi, président de Neos, dénonce une stratégie qui pourrait « devenir un instrument de construction progressive d’un réseau long-courrier au départ d’aéroports italiens par un transporteur extra-européen ». Il craint que cette autorisation ne serve de précédent pour d’autres ouvertures, transformant Malpensa en plateforme européenne d’opérations intercontinentales pour Emirates, au détriment des compagnies italiennes.
ITA Airways, de son côté, n’a pas officiellement pris position, mais des sources proches du dossier révèlent que la compagnie nationale étudie une alternative : une liaison Rome-Fiumicino–Lima, potentiellement opérationnelle dès l’été 2027. Ce projet, s’il se concrétise, permettrait à ITA de conserver une partie de ce trafic sur son hub historique, tout en répondant à la demande de connectivité avec l’Amérique latine. Une manière pour la compagnie de préserver ses propres intérêts face à l’arrivée d’un concurrent aussi puissant que Emirates.
Le conflit oppose ainsi deux visions de l’avenir du transport aérien italien. D’un côté, les partisans de Malpensa, qui voient dans l’arrivée d’Emirates une opportunité de renforcer la compétitivité de l’aéroport lombard et de dynamiser l’économie régionale. De l’autre, les défenseurs des compagnies italiennes, qui craignent une marginalisation de leur offre long-courrier et une perte de parts de marché au profit d’un acteur extra-européen. Entre ces deux positions, le gouvernement italien doit trancher, avec à la clé un arbitrage qui pourrait redéfinir l’équilibre des forces dans le ciel italien pour les années à venir.
Une desserte qui s’inscrit dans une stratégie globale pour Emirates
Pour Emirates, cette liaison Milan-Lima s’inscrit dans une stratégie d’expansion en Europe du Sud, où la compagnie cherche à renforcer sa présence et à capter une part croissante du trafic intercontinental. Le transporteur de Dubaï ne cache pas son ambition : devenir la principale porte d’entrée vers l’Amérique latine depuis l’Europe, en s’appuyant sur sa plateforme de correspondances à Dubaï, où les passagers peuvent bénéficier d’une connexion optimisée vers Lima.
La compagnie a déjà fait ses preuves sur ce modèle avec la liaison Milan-New York-JFK, inaugurée en 2013 et intégrée à son service depuis Dubaï. Cette desserte, qui a rencontré un vif succès auprès des voyageurs d’affaires et de loisirs, démontre que la cinquième liberté peut être un levier de croissance profitable. Avec Milan-Lima, Emirates vise à reproduire ce schéma sur une autre destination stratégique, en misant sur la demande croissante pour les échanges économiques et culturels entre l’Italie et l’Amérique latine.
Le Pérou, destination en plein essor économique et touristique, représente un marché particulièrement attractif. Avec une croissance annuelle du PIB de plus de 3% avant la pandémie, le pays attire de plus en plus d’investisseurs et de touristes, notamment en provenance d’Europe. Une liaison directe entre Milan et Lima permettrait de faciliter ces échanges, en offrant aux passagers un trajet plus court et plus confortable que les escales traditionnelles.
Cependant, cette expansion ne se fait pas sans risques. Les compagnies aériennes italiennes, déjà fragilisées par la concurrence des low-cost et des transporteurs du Golfe, voient d’un mauvais œil l’arrivée d’un acteur aussi puissant qu’Emirates. Leur opposition ne se limite pas à une question de parts de marché : elle touche aussi à la souveraineté aérienne italienne et à la capacité du pays à défendre ses propres intérêts dans un secteur de plus en plus mondialisé.
L’Italie face à un dilemme : ouverture ou protectionnisme ?
Le débat autour de la liaison Milan-Lima illustre les tensions persistantes entre ouverture et protectionnisme dans le transport aérien européen. D’un côté, les partisans d’une libéralisation plus poussée des droits de trafic, qui estiment que l’Italie doit tirer profit de sa position géographique pour devenir une plateforme européenne majeure. De l’autre, les défenseurs d’une protection des compagnies nationales, qui craignent que l’arrivée de transporteurs extra-européens ne fragilise davantage un secteur déjà en difficulté.
Pour les élus lombards, la réponse est claire : l’Italie doit saisir cette opportunité pour renforcer sa connectivité et son attractivité économique. « Nous avons un potentiel. Nous sommes en train de consolider ce potentiel. Pourquoi ne pas le montrer au monde ? », a déclaré Michel Salbot, représentant de l’office du tourisme de la Dominique en France, un propos qui pourrait tout aussi bien s’appliquer à la Lombardie. Les responsables régionaux insistent sur la nécessité de ne pas laisser passer une chance unique de dynamiser l’économie locale et de créer des emplois.
À l’inverse, les compagnies aériennes italiennes plaident pour une approche plus mesurée. Elles rappellent que le marché aérien européen est déjà très concurrentiel, avec la présence de transporteurs low-cost et de compagnies du Golfe qui captent une part croissante du trafic. Selon elles, l’octroi de droits de cinquième liberté à Emirates ne ferait qu’aggraver la situation, en permettant à un acteur extra-européen de s’implanter durablement en Italie sans contrepartie pour les opérateurs locaux.
Le gouvernement italien se trouve donc face à un dilemme : autoriser Emirates à desservir Lima depuis Milan, au risque de mécontenter les compagnies nationales, ou refuser cette demande pour protéger ITA Airways et ses concurrents, mais au risque de freiner le développement économique de la Lombardie. Une décision qui pourrait avoir des répercussions bien au-delà de ce dossier, en redéfinissant les règles du jeu dans le ciel italien.
Un enjeu économique pour la Lombardie
L’aéroport de Milan-Malpensa, deuxième plateforme aérienne italienne après Rome-Fiumicino, est au cœur de cette bataille. Longtemps en compétition avec Linate pour le trafic domestique, Malpensa s’est progressivement imposé comme le principal hub long-courrier du pays, grâce à la présence de compagnies comme Emirates et Singapore Airlines. Une liaison Milan-Lima viendrait renforcer cette position, en offrant à l’aéroport une nouvelle destination stratégique en Amérique latine.
Les élus lombards rappellent que Malpensa est un outil essentiel pour l’économie régionale, avec des retombées directes sur l’emploi, le tourisme et les échanges commerciaux. Selon eux, une meilleure connectivité avec l’Amérique latine pourrait générer des milliers d’emplois et attirer de nouveaux investisseurs dans la région. Ils mettent également en avant le fret, qui compléterait les recettes passagers et renforcerait l’attractivité de Malpensa comme plateforme logistique.
Cependant, cette vision optimiste se heurte à la réalité du marché aérien. Les compagnies italiennes, déjà fragilisées par la concurrence des low-cost et des transporteurs du Golfe, pourraient voir leur trafic long-courrier diminuer si Emirates obtient l’autorisation de desservir Lima depuis Milan. Une perte de parts de marché qui pourrait, à terme, menacer la viabilité économique de certaines liaisons opérées par ITA Airways et ses concurrents.
Le Pérou, une destination en plein essor
Pour comprendre l’importance de cette liaison, il faut se pencher sur le marché péruvien, qui connaît une croissance soutenue depuis plusieurs années. Avec un PIB en hausse de plus de 3% par an avant la pandémie, le Pérou attire de plus en plus d’investisseurs étrangers, notamment en provenance d’Europe et des États-Unis. Lima, en particulier, est devenue une destination prisée pour les échanges commerciaux et culturels, avec une demande croissante pour des vols directs depuis l’Europe.
Actuellement, les voyageurs effectuent ce trajet avec une ou plusieurs escales, souvent via Madrid, Amsterdam ou São Paulo. Une liaison directe entre Milan et Lima permettrait de réduire significativement le temps de trajet, ce qui pourrait attirer une nouvelle clientèle, notamment parmi les voyageurs d’affaires et les touristes en quête de commodité. Selon les estimations, ce marché représenterait environ 150 000 passagers annuels, un chiffre qui pourrait encore progresser avec l’introduction d’un vol direct.
Pour Emirates, cette desserte s’inscrit dans une stratégie plus large d’expansion en Amérique latine, où la compagnie cherche à renforcer sa présence et à capter une part croissante du trafic. Avec son hub à Dubaï, Emirates offre déjà des connexions optimisées vers Lima depuis l’Europe, mais une liaison directe depuis Milan permettrait de réduire encore davantage le temps de trajet et d’améliorer l’expérience des passagers.
L’avenir du transport aérien italien en jeu
Le dossier Milan-Lima illustre les défis auxquels est confronté le transport aérien italien à l’ère de la mondialisation. Entre ouverture et protectionnisme, entre opportunités économiques et risques concurrentiels, le gouvernement italien doit trouver un équilibre qui permette à la fois de dynamiser l’économie et de protéger les intérêts des compagnies nationales.
Une chose est sûre : la décision qui sera prise dans les prochains mois aura des répercussions bien au-delà de cette seule desserte. Elle pourrait redéfinir les règles du jeu dans le ciel italien et influencer la manière dont l’Italie aborde les enjeux de connectivité et de souveraineté aérienne dans un secteur de plus en plus mondialisé. Pour les passagers, elle déterminera également la facilité avec laquelle ils pourront voyager entre l’Italie et l’Amérique latine, et donc l’attractivité de l’Italie comme destination et comme plateforme de correspondances.
Dans ce contexte, une chose est certaine : le ciel italien ne sera plus jamais le même après Milan-Lima.
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